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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGXÉ 577

de beaux habits et leurs colliers : deux maréchaux de France étoient demeuréspour le samedi. Le maréchal de Bellefonds étoit totalement ridicule, parce que,par modestie et par mine indifférente, il avoit négligé de mettre des rubans aubas de ses chausses de page ; de sorte que cétoit une véritable nudité. Toute latroupe étoit magnifique; M. de la Trousse des mieux. Il y eut un embarras danssa perruque, qui lui fît passer ce qui étoit à côté assez longtemps derrière; desorte que sa joue étoit fort découverte; il tiroit toujours ce qui lembarrassoit,qui ne vouloit pas venir; cela fit un petit chagrin. Mais, sur la même ligne,M. de Montchevreuil et M. de Villars saccrochèrent lun à lautre dune tellefurie; les épées, les rubans, les dentelles, les clinquants, tout se trouva telle-ment mêlé, brouillé, embarrassé, toutes les petites parties crochues 1 étoient siparfaitement entrelacées, que nulle main dhomme ne put les séparer; plus ony tàclioit, plus on les brouilloit, comme les anneaux des armes de Roger 2 ; en-fin, toute la cérémonie, toutes les révérences, tout le manège demeurant arrêté,il fallut les arracher de force, et le plus fort lemporta. Mais ce qui déconcertaentièrement la gravité de la cérémonie, ce fut la négligence du bon dHocquin-court, qui étoit tellement habillé comme les Provençaux et les Bretons, que seschausses de page étant moins commodes que celles quil avoit dordinaire, sachemise ne vouloit jamais y demeurer, quelque prière quil lui en fit ; car,sachant son état, il tàchoit incessamment dy donner ordre, et ce fut toujoursinutilement ; de sorte que madame la Dauphine neput tenir plus longtemps leséclats de rire. Ce futune grande pitié ; la majèsté du roi en pensa être ébranlée,etjamaisilne sétoit vu dans les registres de lordre lexemple dune telle aven-ture.Le roiditlesoir : « Cesttoinours moi qui soutiens le pauvre M. dIIocquin-court,carcétoit la faute de son tailleur. » Mais enfin cela fut fort plaisant. Il estcertain, ma chère bonne, que si javois eu mongendredans cette cérémonie, jvaurais été avec ma chère fille; il y avoit bien des places de reste, tout le mondeayant cru quon sy étoufferoit, ete etoit comme à ce carrousel. Le lendemaintoute la cour brilloit de cordonsbleus; toutes lesbelles tailles et les jeunes genspar-dessus lesjustaucorps, les autres dessous. Vous aurezà choisir, toutaumoinsen qualité de belle taille. Vous deviez me mander qui ont été ceux qui ont chargéleur conscience de répondre pour M. de Grignan. On ma dit quon manderaitaux absents de prendre le cordon que le roi leur envoie avec la croix : cest àM. le chevalier à vous le mander. Voilà le chapitre des cordonsbleus épuisé.

Le roi dAngleterre a été pris, on dit, en faisant le chasseur et voulant sesauver. Il est à White-IIall 5 . Il a son capitaine des gardes, ses gardes, des

1 Allusion au système des atomes.

5 Allusion au X" chant de l'Orlando furioso.

5 Palais des rois d'Angleterre, dans le faubourg de Westminster, à Londres,