57S
LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE
milords ;i son lover; mais tout cela est fort bien gardé. Le prince d’Orangeà Saint-James 1 , qui est de l’autre côté du jardin. On tiendra le parlement :Dieu conduise cette barque! La reine d’Angleterre sera ici mercredi ; ellevient à Saint-Germain, pour être plus près du roi et de ses bontés.
L’abbé Têtu est toujours très-digne de pitié ; fort souvent l’opium ne lui faitrien; et, quand il dort un peu, c’est d’accablement, parce qu’on a doubléla dose. Je fais vos compliments partout où vous le souhaitez; les veuvesvous sont acquises, et sur la terre et dans le troisième ciel. Je fus, le jourde l’an, chez madame Croiset: j’y trouvai Uubentel, qui me dit des bienssolides de votre enfant, et de sa réputation naissante, et de sa bonne vo-lonté, et de sa hardiesse à Pbilisbourg. Adieu, ma très-chère et très-aimable.On assure que M. de Lauzun a clé trois quarts d’heure avec le roi : si celacontinue, vous jugez bien qu’il voudra le ravoir.
A LA MÊME
A Paris, mercredi 5 janvier 1689.
Je menai hier mon marquis avec moi ; nous commençâmes par chez M. dela Trousse, qui voulut bien avoir la complaisance de se rhabiller, et en noviceet enprolès, comme le jourde la cérémonie : ces deux sortes d’habits sont fortavantageux aux gens bien faits. Une pensée frivole, et sans regarder les consé-quences, me fit regretter que la belle taille de M. de Grignan n’eût pointbrillé dans cette fête. Cet habil de page est fort joli; je ne m’étonne point quemadame de Clèves aimât M. de Nemours avec ses bellesjambes 2 . Pour le man-teau, c’est une représentation de la majesté royale : il en a coûté huit centspistoles à la Trousse, car il a acheté le manteau. Après avoir vu cette bellemascarade, je menai votre fils chez toutes les dames de ce quartier. Madame deVaubecourt, madame Ollier, le reçurent fort bien : il ira bientôt de son chef.
La vie de saint Louis m’a jetée dans la lecture deMézerai ; j’ai voulu voir lesderniers rois de la seconde race; et je veux joindre Philippe de Valois et le roiJean : c’est un endroit admirable de l’histoire, et dont l’abbé de Ghoisy a faitun livre qui se laisse fort bien lire. Nous tâchons de cogner dans la tête devotre fils l’envie deconnoître un peu ce qui s’est passé avant lui : cela viendra;mais, en attendant, il y a bien des sujets de réflexion à considérer ce qui se passe
1 Autre palais des rois d'Angleterre, voisin de AYhite-Ilall.
a Allusion au roman de la Princesse de Clèves.