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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNK
A MADAME DE GDI G A A A
A Paris, vendredi 7 janvier 1080.
Je reçus votre lettre un jour plus tard que je n’ai accoutumé ; nous en atten-dons encore aujourd’hui ; mais, comme elles arri vcn t le soir, nous n’y répondronspeut-êt equc dimanche ou lundi. Vous écrivez si bien, ma chère cnl'anl, quandvous n’avez point de sujets, que je n’aime pas moins ces lettres-là, toutes liber-tines 1 , que celles où vous (ailes réponse. Enfin c’est cela qui soutient le cœurpendant votre absence : je suis tellement comme vous pour trouver le tempsinfini depuis votre départ, que les trois mois me paraissent trois ans. Ce n’estpas que j’aie vu tant de différentes choses que vous; mais c’est par la quantitédépensées, d’occupations et d’inquiétudes qui ont pris la place des objets. En-fin, je vous ai regrettée, et je vous regrette encore tous les jours ; je ne m’ac-coutume point à ne plus voir ni rencontrer ma chère fille, après une si aimableet si longue habitude. Ce douloureux jour de Charenton est cncoïc tout vif ettout sensible. Vous m'aviez donné un rendez-vous chez le chevalier, où je n’aipas manqué, et vous n’y étiez pas, votre portrait ne m’a point du tout consolée.Je suis présentement dans sa chambre : il a eu des douleurs à la main droitecette nuit; il les a encore. Il soupa la veille des Rois assezgaiementcbezM.deLamoignon, et, la nuit même, ce mal lui prit : cela est trop pitoyable. Il fait tousb s jours des projets pour Versailles, et n’est presque jamais en état de les exé-cuter; c’est votre malheur et le sien qui l’empêchent d’être en un lieu où il feraitune si bonne figure, et si utile pour sa famille et pour son neveu. Il aunepa-tience et une résignation que Corbinelli se vante de lui apprendre comme unmaître. Nous ne le voyons guère, ce Corbinelli ; tous ses amis le prennent, etje le laisse aller par amitié pour lui, car nous sommes sobres. Quelquefois, lessoirs, il vient faire collation avec nous ; il est de fort bonne compagnie, et vousrend mille grâces d’avoir nommé son nom : le vôtre est bien dans son espritau-dessus de tous les autres. Nous ne voyons pas assez l’abbé Iligorre ; il vousenverra ce soir une belle feuille volante. Quand il est question de parler de l’ar-rivée du roi et de la reine d’Angleterre et du prince de Galles, et de dire lesdétails de la réception que le roi a faites à ces Majestés, toute pleine de généro-sité, d’humanité et de tendresse, vous jugez bien que la feuille doit être remplie.
J’attends avec impatience que vous m’appreniez que vous avez votre cordon.
1 Ecrites librement et de fantaisie.