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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÊ
M. le Grand, M. de Dangeau, M. de Chàtillon 1 * , M. de la Rongère 5 6 , ont portéles leurs à la reine d’Angleterre, en lui allant faire compliment : elle trouveranotre cour bien brillante de ce nouvel ornement. Je menai hier votre enfantchez madame de Lavardin, qui le reçut comme son petit-fils ; elle vous aimecomme sa fille. De là nous fûmes chez madame de la Fayette; je trouvai M. de\illars 3 , avec une mine toute pleine à’Orondate; je lui dis bien tout ce quevous m’aviez mandé pour eux. Je ne pense pas qu’on danse beaucoup cet hiverà Versailles.
Madame de Ricouart est veuve. Elle est encore à la campagne ; je la verrai àson retour. Voulez-vous que je lui fasse un compliment? Il y a un air de n’enpoint faire qui vaut son prix : par exemple, madame de Lavardin m’a toujoursdit qu’elle ne vous en faisoit point; j’en ai trouvé plusieurs dans cette fantaisie,qui n’ont pas envie de vous fâcher. Ainsi, ma fille, sur ma parole, tout est bon,et ceux qui ne vous accablent point, plus commodes que ceux qui vous assas-sinent; car vos réponses sont sans nombre, et tiennent leur place dans la fatiguede vos écritures. Vous voulez donc que j’écrive à madame de Solre 4 ; eh, monDieu ! à quoi m’engagez-vous? Il faut prendre un style qui est le cothurne pourmoi. Coulanges nous fit l’autre jour un fort plaisant conte; ce fut comme unenthousiasme. Il dit que le comte de Solre entra chez M. de Chauvri 3 , suivi dedeux erocheteurs; qu’il fit mettre à terre deux coffres qu’ils avoiçnt peine àporter; qu’il tira du premier qui fut ouvert une brassée de papiers, et lui dit,eu les jelantsur la table ; « Monsieur, ee-sontles titres de trente-sept chevaliersde la Toison-d’Or de ma maison 0 ; » que M. de Chauvri, tout embarrassé, luidit ; « Eh, monsieur, il n en faut pas tant! Vous me brouillez tous mes papiers;je ne saurai plus retrouver les preuves de monsieur un tel et de monsieur untel, car ces deux noms ne sont pas comme le vôtre; » que M. de Chauvri lepria d’en demeurer là, et que le comte de Solre, ne l’écoutant seulement pas,lui tira une grande liasse ; « Monsieur, lui dit-il , voici le contrat de mariage
1 M. de Chàtillon était premier gentilhomme de la chambre de Mossiecr.
* Hyacinthe de Quatrc-Barbcs, marquis de la Rongère, chevalier d'honneur de Madame.
3 Pierre, marquis de Aullars, père du maréchal, était connu dans le monde sous le nomd'Orondate, à cause de sa bonne mine et de sa grande réputation pour le courage. 11 avaitété ambassadeur en Savoie, en Espagne et oit Danemark.
4 Anne-Marie-Françoise de Bournonville, femme de Philippe-Emmanuel-Ferdinand-Françoisde Lroy, comte de Solre, lieutenant général des armées du roi.
- Nicolas Cotignon, seigneur do Chauvri, généalogiste des ordres du roi ; son père l’avaitété. et son fils le fut aprè-; lui.
6 Le comte de Solre comptait sans interruption sept de ses aïeux, y compris son père, quiavaient été chevaliers de la Toison-d’Or depuis 1430, époque de l’institution de cet ordre; onne parle pas dos grands-oncles, des cousins et autres parents du nom de Crov. Il n’y a peut-être pas deux familles non souveraines qui aient cette sorte d'illustration.