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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGN’É
d’un de mes grands-pères avec Sabine de Bavière. — Eh, monsieur ! eh, mon-sieur ! dit M. de Chauvri, en voilà plus qu’il n’eu faut. » Là-dessus M. de Solrcprend un grand rouleau, et, se faisant aider à le dérouler, l’étend toutdu longde la chambre, et lui fait voir qu’il remonte et finit deux de ces branches pardes tètes couronnées; et toujours M. de Chauvri disait avec chagrin : « Eh,monsieur! je ne retrouverai jamais tous mes papiers. »
Coulanges nous joua cela si follement et si plaisamment, qu’autant cettescène est plate sur le papier, autant elle étoit jolie à voir représenter. Voyezdonc ce que vous voulez que j’écrive à cette femme toute pleine de Toison-d’Or :il faudra que nous nous réjouissions avec l’ordre du Saint-Esprit d’avoir un sigrand sujet : je ne vous réponds pas que j’écrive. Voilà ce qui s’appelle causeret dire des riens. Je suis auprès du chevalier, qui est tout assoupi dans sa ’grande chaise. Il me semble que je cause avec vous autant que je le puis; maisne vous amusez point à répondre à tout ceci. Si j’étois avec vous, j’aiineroisbien que vous trouvassiez quelque douceur à me parler de vos affaires, à quoije pense si souvent, à quoi je prends tant d’intérêt.
En attendant, ne donnez point aux Provençaux le plaisir de vous brouilleravec les archevêques et intendants, vous les feriez trop aises; connoissez lavérité par vous-même, et, quoi qu’ils vous disent, faites-leur entendre que vousen parlerez à ces messieurs, à eux-mêmes, pour vous en éclaircir. Ah! que lacrainte d’être nommés les feroitbien taire! car ils ne veulent que des pétoffes 1 ,sans se soucier de dire vrai ni de vous servir. Si cet avis est bon, profitez-en :je crus voir à Lambesc que la joie des Provençaux étoit d’animer, de brouiller,et de se rendre nécessaire. Ah! fi! quittez ce style de province et de Provence.
A LA M fi ME
A Paris, lundi 10 janvier 1689.
Nous pensons souvent les mêmes choses, ma chère belle; je crois même vousavoir mandé des Rochers ce que vous m’écrivez dans votre dernière lettre surle temps. Je consens maintenant qu’il avance : les jours n'ont plus rien pourmoi de si cher ni de si précieux; je les sentois ainsi quand vous étiez à l’hôtelde Carnavalet. Je vous l’ai souvent dit, je ne rentrois jamais sans une joie sen-sible; je ménageois les heures, j’en étois avare. Mais* dans l’absence, ce n’est
1 Ce mot appartient au dialecte gascon ; il signifie balivernes, sottises.