LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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rem, Jeannin, Clmiseul : il est en pays de connoissance. Il inc semble quele chevalier ne songe pas trop à le marier, et que M. de Lamoignon n’est pastrop pressé aussi de marier sa fille. On ne saurait parler sur celui de Mire-poix 1 ; c’est l’ouvrage de M. de Montfort; c’est comme un charme, toutes lestêtes ne pensent plus comme elles faisoient. Enfin, c’est un homme fortementappelé à sa destinée : que voulez-vous qu’on y fasse?
M. de Lauzun n’est point retourné en Angleterre : il est logé à Versailles ; ilest fort content. Il a écrit à Mademoiselle ; mais, dans la colère où elle estcontrelui, je doute qu’il réussisse à l’apaiser. J’ai fait encore un chef-d’œuvre, j’ai étévoir madame de Ricouart, revenue depuis peu, très-contente d’être veuve.Vous n’avez qu’à me donner vos reconnoissances à achever, comme vos ro-mans , vous en souvient-il? Je remercie l’aimable Pauline de sa lettre ; jesuis fort assurée que sa personne me plairoit : elle n’a donc pu trouverd’autre alliance avec moi que madame 2 , cela est bien sérieux. Adieu, ma chèreenfant; conservez votre santé, c’est-à-dire votre beauté, que j’aime tant.
A LA MÊME
A Paris, vendredi 14 janvier 1689.
Me voici, ma chère fille, après le dîner, dans la chambre du chevalier : il estdans sa chaise, avec mille pelites douleurs qui courent par toute sa personne.Il a fort bien dormi; mais cet état de résidence et de ne pouvoir sortir lui donnebeaucoup de chagrins et de vapeurs : j’en suis touchée, et j’en connois le mal-heur et les conséquences plusque personne. Il fait un froid extrême ; notre ther-momètre est au dernier degré, notre rivière est prise; il neige, et gèle et regèleen même temps ; on ne se soutient pas dans les rues; je garde notre maison etla chambre du chevalier. Si vous n’étiez point quinze jours à me répondre, je
1 Gaston Jean-Baptiste de Lévis, marquis de Mirepoix, épousa, le 16 janvier 1689, Anne-Charlotte-Marie de Saint-Nectaire, fille de Henri-François, duc de la Ferte, et de Marie-Gabriellc-Angeliquc de la Mothe-lloudancourt.
8 On aura remarqué que le marquis de Grignan suivait avec sa mère cette étiquette d’usagecheüdes grands seigneurs, et particulièrement dans les provinces méridionales, où les lois ro-maines donnent aux pères un excès de puissance qui inspire aux enfants plus de respect qued'amour, et qui au moins commande les formes de la soumission, même dans les épanchementsdu cœur. Madame de Sevigné n’entendait rien à cette fausse dignité, le plus triste masqueque l'amitié puisse prendre; et l’on a vu qu’elle se moquait même de sa fille, qui s'était avi-sée, en parlant de son grand-père, de lui écrire ; Monsieur votre père ,