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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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nclli, qui s’eu écltaul'i'c; niais il ne faut point le fatiguer ni le contraindre.Cela viendra, ma chère bonne; il est impossible qu’avec autant d’esprit etde bon sens, aimant la guerre, il n’ait point d’envie de savoir ce qu’ont fait lesgrands hommes du temps passé, et César à la tête de ses Commentaires 1 . Ilfaut avoir un peu de patience, et ne vous en point chagriner : il seroit tropparfait s’il aimoit à lire.

Vous m’étonnez de Pauline : ah I ma fille, gardez-la auprès de vous; necroyez pas qu’un couvent puisse redresser une éducation, ni sur le su jet de lareligion, que nos sœurs ne savent guère, ni sur les autres choses. Vous ferezbien mieux à Grignan, quand vous aurez le temps de vous y appliquer. Vouslui ferez lire de bons livres, YAbbadie même, puisqu’elle a de l’esprit; vouscauserez avec elle, M. de la Garde vous aidera : je suis persuadée que celavaudra mieux qu’un couvent.

Pour la paix du pape, l’abbé Bigorre nous assure qu’elle n’est point du toutprête; que le saint-père ne se relâche sur rien, et qu’on est très-persuadé queM. de Lavardin et le cardinal d’Estrées reviendront incessamment : profitezdonc du temps que Dieu, qui tire le bien du mal, vous envoie 2 . La vieilleSan-guin est morte comme une héroïne, promenant sa carcasse parla chambre, semirant pour voir la mort au naturel. 11 faut un compliment à M. de SenlisetàM. deLivry, mais non pas des lettres, car ils sont déjà consolés : il n’y a quevous, ma chère enfant, qui ne vouliez pas entendre parler de l’ordre établi de-puis la création du monde. Vous dépeignez mademoiselle d’Oraison de manièrequ’elle meparoît aimable; il faudroit la prendre, si son pèreétoitraisonnable :mais quelle rage de u’aimer que soi, de se compter pour tout; de n’avoir pointla pensée si sage, si naturelle et si chrétienne, d’établir ses enfants! Voussavez bien que j’ai peine à comprendre cette injustice; c’est un bonheur quenotre amour-propre se tourne précisément où il doit être.

J’ai fait une réponse à M. de Carcassonne 3 , que M. le chevalier a fort ap-prouvée, et qu’il appelle unchef-d’œuvre. Je l’ai pris à mon avantage, et commeje le tiens à cent cinquante lieues de moi, je lui fais part de tout ce que jepense ; je lui dis qu’il faut approcher de ses affaires, qu’il faut les connoîtrc,les calculer, les supputer, les régler, prendre ses mesures, savoir ce qu’on peutet ce qu’on ne peut pas; que c’est cela seul qui le fera riche, qu’avec cela rienne l’empcchera de suffire à tout, et aux devoirs, et aux plaisirs, et aux senti-

* On entend bien eue c'est une anurie plaisante, échappée probablement à celui pour lequelmadame de Sévigné demande un pou de patience.

s Cette circonstance faisait que M. de Grignan commandait pour le roi dans le comtat.

5 L'évêque de Garcassonne était un Grignan, très-bon économe et assez mauvais parent. Oule nommait le bel abbé avant qu'il fût évêque.