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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MAR A ME RE SK VIGNE

LOÛ

ments de son cœur j our un neveu dont il doit être la ressource ; qu’avec del’ordre on va fort loin ; qu’autrement on ne fait rien, on manque à tout ; etpuis, il me prend un enthousiasme detendresse pourvous, pour M. de Grignan,pour son fils, pour votre maison, pour ce nom qu’il doit soutenir. J’ajoute queje suis inséparablement attachée à tout cela, et que ma douleur la plus sensi-ble, c’est de ne pouvoir plus rien faire pour vous 1 , mais que je l’en charge,que je demande à Dieu de faire passer tous mes sentiments dans son cœur,afin d’augmenter et de redoubler tous ceux qu’il a déjà : enfin, ma fille,cette lettre est mieux rangée, quoique écrite impétueusement. M. le cheva-lier en eut les yeux rouges en la lisant : et pour moi, je me blessai tellementde ma propre épée, -que j’en pleurai de tout mon cœur. M. le chevalierm’assura qu’il n’y avoit qu’à l’envoyer, et c’est ce que j'ai fait.

Vous me représentez fort plaisamment votre Savantasse; il me fait souvenirdu docteur de la comédie, qui veut toujours parler. Si vous aviez du temps, ilme semble que vous pourriez tirer quelque avantage de cette bibliothèque ;comme il y a de bonnes choses et en quantité, on est libre de choisir cequ’on veut : mais, hélas! mon enfant, vous n’avez pas le temps de faireaucun usage de la beauté et de l’étendue de votre esprit; vous ne vous servezque du bon et du solide. Gela est fort bien : mais c’est dommage que tout nesoit pas employé ; je trouve que M. Descartes y perd beaucoup.

Le maréchal d’Estrées va à Brest : cela fait appréhender qu’il ne com-mande les troupes réglées ; je crois cependant qu’on donnera quelque conte-nance au gouverneur, et qu’on ne voudra point lui donner le dégoût toutentier. M. de Charost est revenu un moment, pour se justifier de cent chosesque M. de Lauzun a dites assez mal à propos, et de l’état de sa place, et dela réception qu’il a faite à la reine 2 . Il fait voir le contraire de tout ce qu’adit Lauzun ; cela ne fait point honneur à ce dernier, dont il semble que lacolère de Mademoiselle arrête l’étoile ; il n’a ni logement, ni entrées; il estsimplement à Versailles.

* Madame de Sévigné s’était dépouillée de ses biens en mariant son fils.

‘J Lauzun, en arrivant à Calais avec la reine d’Angleterre, voulut d’abord cacher à M. deCharost, qui en était gouverneur, qui était la personne qu’il amenait avec lui. Forcé ensuitede la faire connaître, il prétendit que ce gouverneur ne rendit à la reine aucuns honneurs. 11voulait se réserver l’avantage de donner au roi la première nouvelle de son arrivée. M. deCharost ne l’écouta point, et fit tout le contraire de ce qu’il prétendait. De là le ressentimentet les propos de Lauzun, dont il est parlé ici. (Voyez les Mémoires de la Fayette.)