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A MADAME DE fiI! Ifi N A \
\ Paris, liimli \l février 1080.
Vous appuyez trop sur nos inquiétudes ; ellesn’ontpointétéexcessives : quandnous sûmes que personne n’avoit reçu des lettres de Provence, nous ne tirâmesaucune conséquence, sinon que le courrier n’étoit pas arrivé. Il est vrai quenous n’aimons pas votre mal de gorge, moins au serein d’Aix qu’ailleurs, etque nous avions quelque espèce d’envie de recevoir de vos lettres. Nous enreçûmes avec bien de la joie ; il n’y a rien à tout cela que de bien naturel, etque vous n’eussiez senti pour nous. Vous nous disiez, ma tille, que vous avieztort, que vous aviez fait une promenade à la pluie, dont vous aviez été incom-modée : nous disons comme vous ; et, croyant sur votre parole que vous aveztort, nous vous grondons ; sur cela vous nous grondez aussi, et nous vous re-grondons. Nous sommes bien loin de ne pas vouloir que vous vous promeniez :ali ! ma chère enfant, tout au contraire, promenez-vous, faites de l’exercice,respirez votre bel air, ne demeurez pc’ jours dans ce noir palais*, ni dansce trou de cabinet; mais cachez-vous quand il fait froid et que vous avez mai àla gorge, et surtout ne vous repentez pas de nous parler sincèrement de votresanté; nous aimons la vérité; ne nous trompons point, ma chère bonne.M. Dubois, qui est le médecin de madame de la Fayette et le mien, veut êtrele vôtre ; il veut vous écrire pour vous ordonner une saignée du pied, et puisde votre bonne pervenche, qui vous restaurera et vous purifiera le sang :voilà, dit-il, la vraie saison et votre vrai remède.
Une chose qui m’afflige véritablement, c’est l’état affreux de votre château,et par le désordre des vents, et par la fureur de M. le coadjuteur, aussi préju-diciable que le tourbillon. Quelle rage est la sienne! quoi! bâtir et débâlir,comme vous ditesjustemcnt qu’on voit faire aux petites filles à qui en donneun morceau de canevas ! Il fait tout de même, il met votre maison sens dessusdessous, il en fait un petit camp de Maintenon, dont l’air ne sera pas moinsmortel. C’est tout de bon, ma fille, que vous devriez venir à Paris, ne sachantoù vous mettre en sûreté. Je ne crois pas que M. de Grignan vous laisse passerl’été dans un lieu si désagréable, et si peu propre à vous recevoir, et si con-traire enfin à la santé. Je vous le dis, ma fille, tout comme je le pense, il fautvous sauver quelque part : mais que dit M. de Grignan de cette furie? Je ne
1 M. de Grignan était logé, à Ais, dans l'ancien palais des comtes de Provence.