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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNE

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quelque service, que nous voulons faire un livre, qui aura pour titre lesPeines légères et salutaires de Vamitié. Nous le ferions imprimer, sans quenous craignons de ruiner le libraire par le peu de débit, tant il est vrai quepeu de gens sont persuadés de cette vérité. Vous ne pouvez donc trop aimerni trop remercier le chevalier. Je ne sais comment je pourrai vous parlerd’autre chose aujourd’hui que de cet évangile du jour.

Ce qui nous a soutenu le cœur contre la douleur qui nous lit pleurer très-tendrement hier au soir, M. le chevalier et moi, de l’état de M. l’archevêque(d'Arles), c’est que, ne nous ayant point été confirmé ce matin par les lettresd’Arles, qui n’en disent rien du tout, nous avons espéré que ses foiblessesn’auroient pas encore les suites que nous appréhendons, et que la perte si sen-sible de ce grand et illustre prélat pourrait être retardée au moins de quel-ques mois. Vous dites fort bien, ma fille : c’est dans ce temps qu’il étoit unique-mentk propos de demander ce qu’on a voulu demander hors de propos ; maisil y a des gens qui ne veulent jamais avouer leur tort : Dieu les bénisse !

Madame de Vins nous a donné de bons avis, et nous a fait ce matin ses com-pliments, quasi sur le champ de bataille. Madame de Lavardin, madame dela Fayette, madame de Coulanges, m’ont envoyé prier de vous faire les leurs.Adieu, chère enfant : je suis trop heureuse de m’être donné quelques mouve-ments pour vous ; c’est une joie qui va droit au cœur. Monsieur le comte, vousy avez votre part : je vous embrasse tous deux de tout mon cœur.

Que dit M. Gaillard 1 2 de cette victoire? Ah! je vois sa mine et scs yeux.Son frère fait des merveilles à Saint-Germain de l’Au.xerrois.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 18 mars 1G89.

Vous avez bien raison, ma chère enfant, de croire que je serai affligée de laperte de M. l’archevêque A Vous ne sauriez vous représenter combien le vraimérite, la rare vertu, le grand esprit et le cœur parfait de ce grand prélat mele lont regretter. Je ne puis songer à sa bonté pour sa famille, à sa tendressepour tous en général, et pour vous et pour votre fils en particulier, sans qu’il

1 Madame de Sévigné faisait grand cas du mérite et de l’esprit de M. Gaillard, célèbre avo-cat du parlement d’Aix. Elle disait, on parlant de lui, qu'il n’y avait point de physionomie quilui fût demeurée plus agréablement dans 1 imagination que la sienne.

2 François Adhéniar de Monteil, archevêque d’Arles, oncle do M. de Grignan, mort le9 mars 1080.

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