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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ

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et louant, feu M. larchevêque, et forçant enfin M, le chevalier de lui dire avecsincérité que puisque M. le coadjuteur navoitpas ce cordon, il étoit ravi quece fût lui. Le P. de la Chaise vint dire à M. de Beauvais, de la part du roi,que Sa Majesté lui donnoit le cordon de feu M. dArles, et quil le prendrait àla Pentecôte. Vous voyez que ce cordon étoit bien destiné.

Au reste, ma chère bonne, je suis biemaise de ne point aller seule sur laLoire, clans le courant de Veau, sur un petit bateau ; dautant plus que celuidun valet de chambre favori du roi dAngleterre, qui portoit à Nantes toutesles toilettes,services de vaisselle,robes de chambre, et mille commodités que leroi avoit données à ce roi anglois, a péri au pont de, et que ce pauvrehomme a été noyé 1 ; cela vous aurait fait peur. Je men vais donc en sûretépeut-être avant Pâques, madame de Chaulnes ayant dans la tête dépasser lafête àMalicorne. Je tâcherai de retarder jusqu'à la semaine de Pâques ; mais jenen suis pas assurée . Elle doit vous écrire aujourdhui pour vous faire ses com-pliments et parler du soin quelle aura de moi. Réjouissez-vous avec M. deChaulnes de ce que nul gouverneur nest traité comme lui ; Revel, lieutenantgénéral, est sous ses ordres; et les troupes mêmes qui sont tout auprès deBrest reçoivent lordre de ce gouverneur pour obéir au maréchal dEstréesquand il en aura besoin. M. de Louvois a été charmé de sa bonne conduite, desa vigilance, de son exactitude ; il ny a sorte de bien que ce ministre nen dise,M. de Chaulnes sera fort aise que vous le sachiez et que vous lui en écriviez.

M. deBarillon est riche, gras, vieux , à ce quil dit, et regarde sans enviela brillante place de M. dAvaux. Il aime la paix et la tranquillité au milieude ses amis et de sa famille, dont il est content.

Vous dites des merveilles sur Esther; il est fort vrai quil falloit des per-sonnes innocentes pourchanterles malheurs de Sion. Cest cette convenancequi charmoit dans cette pièce. Racine aura peine à faire jamais quelque chosedaussi agréable, car il ny a plus dhistoire comme celle- ; cétoit un hasardet un assortiment de toutes choses qui ne se retrouvera peut-être jamais : carJudith, Booz et Ruth, et les autres dont je ne me souviens pas, ne sauraientrien faire de si beau. Racine a pourtant bien de lesprit : il faut espérer.

Le marquis de Castries sest fort distingué dans une occasion 2 * * le cheva-lier de Sourdis a été battu. On en a fait des compliments à madame deCastries 5 , le roi ayant dit au cardinal de Bonzi : « Sans la fermeté de votre

1 II sappelait la Bastie, et navait jamais quitté sou niai ire. ( Mémoires de madame de luFayette.)

2 A la retraite deNuys.

- Élisabeth de Bonzi, mère de Joseph-François de la Croix, marquis de Castries, et sœur du

ranimai de Bonzi, archevêque de Narbonne.