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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

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neveu, linianlerie étoit perdue ; ii a fait dos merveilles. » Vous pouvez pensercomme on est sensible à ces louanges. Adieu, ma belle. Jai dit à M. de Pom-ponne que vous étiez jalouse de limmortelle vie de M. dAngers (H. Ârnauld) :il me conta la vivacité de ce prélat, qui, hormis la vue, se porte très-bien àquatre-vingt-douze ans passés. Un abbé de la Mothe 1 , archidiacre, celui quiavoit condamné les oraisons de M. le Tourneux et dit que lEglise avoit tou-jours en horreur les traductions, est mort tout en vie, en deux jours, lors-quil se vantoit de sa santé.

Votre enfant est appliqué à son devoir, à son métier ; il est tel que vouspouvez le souhaiter; et, par-dessus tout cela, des principes de religion, dontil faut remercier Dieu. Cest un grand bonheur que davoir des sentimentschrétiens.

A LA MEME

\ P.iris, mercredi 27» mars 1089.

Je ne reprends point du tout les louanges que jai données à la tragédieà'Esther : je serai toute ma vie charmée de lagrément et de la nouveauté duspectacle. Jen fus ravie : jy trouvai mille choses si justes, si bien placées, siimportantes à un roi, que jentrois, avec un sentiment extraordinaire, dansle plaisir de pouvoir dire, en se divertissant et en chantant, les vérités les plussolides. Jétois touchée de toutes ces différentes beautés; ainsi je suis bienloin de changer de sentiment ; mais je vous disois que limpression de cettepièce a produit son effet ordinaire, et sest fait voir une requête civile contreles approbations excessives. Pour moi, qui lai lue encore avec plaisir, jepenseque les critiques sont déboutés, comme le sera M. dAiguebonne de la sienne,si M. le chevalier a le loisir de la pousser. La victoire du grand conseil a étébrillante et jolie ; je crois que vous en serez satisfaite ; jai de limpatience derecevoir la lettre vous men parlerez. M. de Lamoignon me disoit encoreaujourdhui que cet avantage remporté à la pointe de l'épée étoit plus considé-rable que nous ne pensions; je lui ai dit que point du tout, que nous avionssenti ce plaisir dans toute son étendue.

La lettre de votre enfant vous fera plaisir ; elle est dun homme satisfait, etqui a le cœur au métier. Le roi est si content de M. de Castries, quil La faitbrigadier seul, sans conséquence. Cest ainsi quil faudrait faire : lesrécom-

1 II avail élé nllarhe à M. fie Pcréfive, archevêque de Paris.