LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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penses toutes chaudes ont un prix merveilleux ; cela excite et encouragel’émulation. Sa Majesté dit au cardinal de Bonzi (son oncle) que, n’ayantaucune part à cette grâce, il ne devoit point le remercier.
Le roi d’Angleterre est à la voile du 17, et arrivé en Irlande le 19. Le petitMaillv, qui l’a conduit jusqu’à Brest, est de retour. Adieu, ina très-aimable;je crains de m’éloigner de vous : cela me fait mal, j’avale ce voyage comme unemédecine. Ce qui me fâche, c’est que je n’ai point de temps à jeter. Tout debon, je pense quelquefois bien tristement ; et, quoique soumise à la Provi-dence, qui nous sépare, où en serais-je, si je ne vivois dans l’espérance devous revoir?
A LA MÊME
A Paris, vendredi 25 mars 1689, jour de l’Annonciation.
Nous n’avons point reçu’vos lettres, et nous ne laissons pas de commencerà vous écrire. Vous avez bien la mine d’avoir donné aujourd’hui un bonexemple ; cette fête est grande, elle est le fondement de celle de Pâques, en unmot, la fête du christianisme, et le jour de l’incarnation de Notre-Seigneur.La sainte Vierge y lait un grand rôle; mais ce n’est pas le premier. Enfin,M. Nicole, M. le Tourneux, tous nos prédicateurs ont dit tout ce qu’ils savoientlà-dessus.
Votre enfant m’a écrit une lettre toute pleine d'amitié : il a bien pleuré sonbon oncle l’archevêque b On croit que son successeur sera bientôt ici ; il s’exer-cera, s’il veut, sur la requête civile : pour nous, nous avons gagné celle dtjgrand conseil à la pointe de l’épée. Je dispute contre madame de Chaulnes ;je voudrais bien ne partir qu’après Pâques. Ma chère enfant, que je suis fâchéede vous quitter encore! je sens cet éloignement; la raison dit Bretagne etl’amitié Paris. 11 faut quelquefois céder à cette rigoureuse : vous le savezmieux faire que personne; il faut donc vous imiter.
1 L’onrle de M. de Grignan,