LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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château, pauvre petite Orithye M mais Borée n’est point civil ni galant pourvous; c’est ce qui m’afflige. Adieu, très-chère; respectez votre côté, res-pectez votre tète, on 11e sait où courir. Je comprends vos peines pour votrelils, je les sens, et par lui, que j’aiine, et par vous, que j’aime encore plus;cette inquiétude tire deux coups sur moi.
Corbinelli est toujours chez nous le meilleur homme du monde, et toujoursabîmé dans sa philosophie christianisée, car il 11e lit que des livres saints.
A LA MÊME
À Ciiaulnoi, vciidiedi 22 avril 1089.
C’est dommage de partir d’un lieu si beau, si charmant, et où l’on reçoit voslettres trois fois la semaine ; vous savez que l’on souffre tout, hors le bien-être ;il s’en faut pourtant beaucoup que je croie le trouver où vous n’ètes pas. Nouspartons d’ici dimanche, par un temps admirable et qui nohs a donné ici entrois jours toutes les beautés du printemps. Nous irons coucher à Amiens, et delà, par Rouen et la Normandie, nous gagnerons la Bretagne. Je vous écrirai detous les lieux que je pourrai : je serai quelques jours seulement à Rennes, pourvoirM. de Chaulnes, et puis je m’en irai aux Rochers ; je ne pourrois soutenirlongtemps la vie de Rennes. Mais comprenez-vous bien l’impatience que j’aide recevoir vos lettres et de savoir si vous avez été saignée, et comment cettebonne tête, qui ne vous avoit jamais fait aucun mal, et dont vous vous louieztant au milieu de vos autres maux, se trouve de l’air de Grignan? Que jebais ces sortes de vapeurs d’épuisement! qu’elles sont difficiles à guérir,quand le remède est de s’hébéter, de ne point penser, d’être dans l’inac-tion! C’est un martyre pour une personne aussi vive et aussi active quevous ; hélas ! comme vous dites, compter les 1 solives ou vous faire maladeest une étrange extrémité.
Je rêve souvent à tout cela, je relis vos lettres à loisir ; et, comme je n’ai riendu tout à faire, je cause avec vous, et je commence ma lettre avant que la vôtresoit arrivée ; mais que ce loisir ne vous donne pas la pensée d’en faire autant :conservez-vous cl faites écrire Pauline. Je regardois l'autre jour son écriture;elle ressemble tout à fait à la vôtre ; son orthographe est parfaite ; cela n est-il
1 Orithye, lille d'Érechlhée, roi d’Aldèiies, fut enlevée par Doive, roi de Tlirace; ce quidonna lieu à la fable du te,'dévaluent d'Ürltliye par le vent qui porte le nom de Boree.