LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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lieu et tout ce qui sert à former l’esprit : je suis assurée quelle étudiera etexpliquera ces belles pièces dont je viens de vous parler. Ils ont élevé madamede Vins 1 de la même manière, et ne laisseront pas d’apprendre parfaitementbien à leur fille comme il faut être chrétienne, ce que c’est que d’être chré-tienne, ettoute labeautéetla solide sainteté de notre religion : voilà tout ce queje vous en dirai. Je crois que c’est votre exemple qui fait haïr les histoires àPauline; elles sont, ce me semble, fort amusantes. Je me trouve fort bien de laVie du duc d’Épernon par un nommé Girard. Elle n’est pas nouvelle; mais ellem’a été recommandée par mes amies et parCroisilles, qui l’ont lue avec plaisir.
Un mot de notre voyage, ma chère enfant. Nous sommes venues en troisjours de Rouen ici, sans aventures, avec un tempset un printemps charmants,ne mangeant que les meilleures choses du monde, nous couchant de bonneheure, et n’ayant aucune sorte d’incommodité. Nous sommes arrivées ici cematin; nous n’en partirons que demain, pour être dans trois jours à Dol, etpuis à Rennes : M. de Chaulnes nous attend avec des impatiences amoureuses.Nous avons été sur les bords de la mer à Dive, où nous avons couché : ce paysest très-beau, et Caen la plus jolie ville, la plus avenante, la plus gaie, lamieux située, les plus belles rues, les plus beaux bâtiments, les plus belleséglises; des prairies, des promenades, et enfin la source de tous nos plusbeaux esprits 2 . Mon ami Segrais est allé chez MM. de Matignon; cela m’af-flige. Adieu, ma très-aimable; je vous embrasse mille fois. Vous voilà doncdans la poussière de vos bâtiments.
A LA MÊME
A Dol, lundi 9 mai 1689
Nous arrivâmes hierici assez fatiguées, et les équipages encore plus. C’estce mêmelieu oùje vins voir M. et madame de Chaulnes il y a quatre ans. Noussommes venues de Caen en deux jours à Avranches; nous avons trouvé le bonévêque 5 de cette ville mort et enterré depuis huit jours; c’étoit l’oncle deTessé 4 , unsaint évêque, qui avait si peur de mourir hors de son diocèse, que,pour éviter ce malheur, il n’cn sortoit point du tout; il y en a d’autres qu’il
’ Sœur de madame de Pomponne.
a Jean Renauld de Segrais, de l'Académie française, était de Caen, ainsi que Malherbe,Iluet, etc.
ri Gabriel-Philippe de Froulay, évêque d’Avranches.
4 lien ' de Froulay, rointe de Tessé, qui fut maréchal de France en 1703.