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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉViGNÉ

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dire dormir; car vous nen aviez point le temps? Faudroit-il toujours soc-cuper de cette ruineuse bassette? Si tout cela pouvoit se changer, ce seroitune chose charmante; M. le chevalier même sen trouveroit tout à fait bien,car lair dcGrignan est bien différent de celui dAvignon : vous en avez em-porté tous les cœurs; je nai point de peine à le croire.

Pour moi, ma belle, je ne songe point encore au voyage de Nantes; jy faisexécuter des gens qui me doivent : je serois peu propre à ces sortes de choses;jai un grand compte à faire avec le nouveau fermier, et cest à quoi labbéCharrier me sera très-bon : je vous remercie mille fois de tout ce que votrebonté vous oblige de lui dire pour lamour de moi. Vous voyez bien, ma très-chère, que ce que je dis de mon moi est aussi ennuyeux que le récit que vousinc faites du vôtre est divertissant depuis quelque temps.

Mon fils est à Rennes dhier avec sa noblesse; mais, quand il seroit ici, ilne voit jamais que les endroits de vos lettres que je lui montre. Cela est surce pied- : ainsi contez-inoi un peu vos dépenses et vos pertes dAvignon :dites-moi si mademoiselle de Grignan est pour quelque sorte de temps à Gif,et si le coadjuteur aura lhonneur de la requête civile. Je lavertis que ma-dame de la Faluère est à Paris ; cest à lui à la gouverner, et à lempêcher deservir sa sotte amie 1 . Tous vos intérêts me sont si chers, et jen suis telle-ment occupée, que je ne pense à tout le reste que superficiellement ; mais jenen suis pas moins parfaitement soumise aux ordres de la Providence, sanslaquelle je ne compte jamais sur rien.

Adieu, ma chère fille, la plus digne dêtre aimée qui fut jamais. JembrasseM. de Grignan, M. le chevalier et Pauline. Ma belle-fille vous fait ses com-pliments : elle a bien du soin de moi sans contrainte, et toujours sainteliberté ! .

A LA MÈMK

Aux Rochers, mercredi 29 juin 1089.

Je ne puis vous dire à quel point je plains M. le chevalier : il y a peud'exemples dun pareil malheur : sa santé est tellement déplorée depuis quel-que temps, quil nv a ni maux passés, ni régime, ni saison, sur quoi il puissecompter. Je sens cet état, et par rapport à lui et par rapport à votre fils, qm

1 Madame de Bury, sœur de M. dAigueborme.

s Allusion à un passage do Rabelais.

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