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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÊ

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v perd tout ce qu’ou y peut perdre; tout cela se voit d’un coup d'œil, le détailimportuneroit sa modestie. Je suis remplie de ces vérités, et je regarde tou-jours Dieu, qui redonne à ce marquis un M. de Montégut, la sagesse même,et tous les autres de ce régiment, qui, pour plaire àM. le chevalier, font desmerveilles à ce petit capitaine. N’est-ce pas une espèce de consolation, qui nesc trouve poiut dans d’autres régiments moins attachés à leur colonel? Cemarquis m’a écrit une si bonne lettre, que'j’en eus le cœur sensiblement tou-ché : il ne cesse de se louer de ce M. de Montégut; il badine et mêlait com-pliment sur la belle pièce que j’ai faite sur M. d’Arles : vous êtes bien plai-sante delà lui avoir envoyée. Il dit qu’il a renoncé à la poésie; qu’à peineils ont le temps de respirer : toujours en l’air, jamais deux jours en repos:ils ont affaire à un homme 1 bien vigilant. Mandez-moi bien des nouvelles deM. le chevalier: j’espère au changement de climat, à la vertu des eaux, et plusencore à la douceur consolante d’être avec vous et avec sa famille. Je le croisun fleuve bienfaisant, avec plus de justice que vous ne le croyez de moi : ilme semble qu’il donnera un bon tour, un bon ordre à toute chose. Il est vrai quele comtat d’Avignon est une providence qu’il n’étoit pas aisé de deviner. Maisdétournons nos tristes pensées; vous n’en êtes que trop remplie, sans en rece-voir encore le contre-coup dans mes lettres. Il faut conserver la santé, dont laruine seroit encore un plus grand mal; la mienne est toujours toute parfaite.Cette purgation des capucins, où il n’y a point de séné, me paroît comme unverre de limonade, et c’en est en effet : je la pris pour n’v plus penser, parcequ’il y avoit longtemps queje n’avois été purgée; je ne m’en sentis pas. Vousfaites trop d’honneur à ce remède; mon fils n’en sort pas moins le matin:c’est un remède pour ôter le superflu, bien superflu, qui ne va point cher-cher midi à quatorze heures, ni réveiller tous les chats qui dorment.

Nous faisons une vie si réglée, qu’il n’est guère possible de se mal porter. Onsc lève à huit heures ; très-souvent je vais jusqu’à neuf heures, que la messesonne, prendre la fraîcheur de ces bois; après la messe, on s’habille, on se ditbonjour, on retourne cueillir des fleurs d’orange, on dîne, on lit ou l’on tra-vaille jusqu’à cinq heures. Depuis que nous n’avons plus monfils, jelis, pourépargner la petite poitrine de sa femme. Je la quitte à cinq heures; je m’envais dans ces aimables allées; j’ai un laquais qui me suit, j’ai des livres, jechange de place, et je varie le tour de mes promenades; un livre de dévotionet un livre d’histoire : on va de l’un à l’autre, cela fait du divertissement ; unpeu rêver à Dieu, à sa providence, posséder son àme, songer à l’avenir;jenfin,sur les huit heures, j’entends une cloche, c’est le souper ; je suis quelquefois

1 Louis-François, marquis, puis duc de Lloufflers, pair et maréchal de France.