LETTRES DE MADAME DE SËVIGNÉ
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donc écrirm Il va à Grignan, vous lui en parlez; il semble qu’il ait y ’ pieenvie d’écrire, mais cela ne sort ^ ' ; il m’écrit de Grignan et de Toulon, il
ne m’en dit pas un mot. Madame de Cliaulnes en doit parler à M. de Croissi ;mais ce sera trop tard : la place sera [irise par M. de Coëtlogon.
Pour M. le maréchal d’Estrées, il ne s’est engagé qu’à madame de la Fayetteavec une joie sensible, pourvu que la cour le laisse le maître. Nous étions tropbien de ce côté-là ; mais, ma fille, nous n’v songeons plus : M. de Cavoie aurala députation pour son beau-frère, et fera bien. La bonne duchesse a tropperdu de temps; elle est timide, elle trouvera les chemins barrés; tout lemonde ne sait pas parler. De vous dire que je concilie ce procédé léthargiqueavec une amitié dont je ne saurois douter, non très-assurément je rie le com-prends pas, ni mon fils non plus ; mais notre résolution, c’est d’être assezglorieux pour ne nous point plaindre : cela donneroit trop de joie aux ennemisde ce duc, ce seroit un triomphe. Nous sommes dans ces bois : il nous est aisé denous taire; il peut arriver des changements pour une autre année. Ainsi, machère enfant^ nous sommes fort aises que vous l’ayez reçu si magnifiquement :nous ne rompons nous-mêmes aucun commerce ; je dirai seulement le fait, etdemanderai à Son Excellence comment elle a pu faire pour penser sans cesse ànous, et pour nous oublier et s’oublier elle-même. Nous n’irons point du toutaux états, et nous nous moquerons de l’arrière-ban, qui ne nous est bon qu’ànous donner du chagrin. Voilà nos sages résolutions : si vous les approuvez,nous les trouverons encore meilleures. Cependant nous sommes très-sensiblesà la perte que vous allez faire de votre aimable comtat ; nous ne saurions tropregretter tant de belles et bonnes choses qui en revenoient, ni vous voir sanspeine i entrer dans la sécheresse et l’aridité des revenus. Je sens ce couptout comme vous, et peut-être davantage; car vous êtes sublime , et je ne lesuis pas.
A propos de sublime, M. de Marillac ' ne fait point mal, ce me semble. LaLavette est joli, exempt detoute mauvaise qualité ; il a un bon nom, il est dansle chemin de la guerre, et a tous les amis de. sa mère, qui sont à l’infini. Lemérite de cette mère est fort distingué ; elle assure tout son bien, et l’abbé 1 2 lesien. Il aura un jour trente mille livres de rente ; il ne doit pas une pistole ; cen’est point une manière de parler. Qui trouvez-vous qui vaille mieux, quand onne veut point de la robe? La demoiselle a deux cent mille francs, bien desnourritures; madame de la Fayette pouvoit-ellc espérer moins? Répondez-moiun peu, car je ne dis rien que de vrai. M. de Lamoignon est le dépositaire des
1 item’' de Marillac, doyen des conseillers d’Etat, mariait Marie-Madeleine de Marillac, sa fille,avec René-Armand Mothier, comte de la Fayette, fils puîné de madame de la Fayette.
2 Louis Mothier, abbé de la Fayette, fils diné de madame de la Fayette.