LETTRES DE MADAME DE SÉVIDAT
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articles qui furent signés, il y a quatre jours, entre M. de Lamoignon, M. lelieutenant civil, et madame de Lavardin qui a fait le mariage.
Mais que dites-vous de tout ce mouvement de magistrature? Je suis audésespoir que notre M. deLamoignon n’ait point trouvé de place ; cela est sen-sible pour lui et pour ses amis. Votre M. de Torcy est bien né çoifié 1 : ah ! etque vous l’auriez bien fait écrire d’une bonne encre! Mais tout cela n’étoitpoint rangé pour nous faire profiter de la chaleur de cette amitié ; Dieu ne levouloit point, cela est visible, et nous n’y pensons plus. Voilà M. de Pontehar-train contrôleur général; je le croyois bien, mais pas sitôt. Nous allons luiécrire; vous n’y manquerez pas, et à madame de Mouci ; la voilà sœur dupremier président (Ach. de Harlay) : elle n’en sera pas plus glorieuse.
Que Pauline est heureuse d’être auprès de vous! vous la repétrissez toute;c’est bon signe qu’elle prenne goût aux. louanges que vous donnez à madamede Dangeau. Cette petite fille est capable et digne de tout ce que vous voudrezbien lui faire connoître ; j’en ai jugé ainsi dès que vous m’avez dit qu’elleavoit de l'esprit et une grande envie de vous plaire. Encore une fois, qu’elleest heureuse d’être avec vous, devous regarder et de vous entendre ! Coulangesm’en paroît charmé, et de vous, et de M. deGrignan, et de votre château, etde votre magnificence. Cette manière défaire les honneurs de la maison a faitde profondes traces dans son cerveau ; il vous reconnoît pour duc et duchessede Carnpo-Basso 2 pour le moins. Enfin, ma chère comtesse, que ne faites-vouspoint quand vous le voulez, et avec quel air, et quelle bonne grâce !
Mon fils a lu avec plaisir ce que vous lui mandez ; il vous a écrit depuis peuce qu’il pensoit; il trouve que je vous ai dit aujourd’hui tout ce qu’il pourraitvous dire ; il vous prie d’être persuadée que ma santé est parfaite, et que Pairdes Rochers est excellent.
M. d’Aix n’est guère honnête de n’êtrepas venu vous voir. Quelle folie devouloir être premier président (d’Aix) ! mais c’est qu’il est fou : par bonheurceux de qui cela dépend ne le sont point. Si, malgré le bon parti que vousprenez de vouloir bien vivre avec lui, sa conduite vous déplaît, je vous conseilled'en écrire à madame de la Fayette ; elle n’est pas persuadée qu’il puisse avoirraison contre vous, et il n’y a guère de choses qu’il craigne davantage que deparoitre extravagant à ses yeux.
Adieu, mon enfant ; je vous embrasse avec une tendresse infinie.
1 Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, reçu secrétaire d’Etat eu survivance de CharlesColbert, marquis de Croissi, son père.
8 Gaucher Adhémar deMonteil, baron de Grignan, avait épousé, dans le quinzième siècle,Diane de Montfort, fille de Nicolas de Montfort, comte de Campo-Basso et de Termoli.