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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche2 octobre 1689.

Il y aura demain un an que je ne vous ai vue, que je ne vous ai embrassée,que je ne vous ai entendue parler, et que je vous quittai à Charenton. MonDieu ! que ce jour est présent à ma mémoire ! et que je souhaite en retrouvernn autre qui soit marqué par vous revoir, par vous embrasser, par mattacherà vous pour jamais ! Que ne puis-je ainsi finir ma vie avec la personne qui laoccupée tout entière ! Voilà ce que je sens, et ce que je vous dis, ma chèreenfant, sans le vouloir, et en solennisant ce bout de lan de notre séparation.

Je veux vous dire, après cela, que votre dernière lettre est dune gaieté,dune vivacité, dun currente calamo qui ma charmée, parce quil est impos-sible de penser et décrire si plaisamment sans être gaie et en parfaite santé.Parlons d'abord de M. le chevalier ; je trouve son état très-différent de celuije lai vu. Comment! je pourrois entendre frapper le pied droit ! car, pour legauche, nous trouvions quil faisoit soùvent lentendu et le glorieux, quoiquilfût assez humilié par la contenance de lautre, qui nous dounoit autant dechagrin quà lui. En vérité, cest un vrai miracle de voir ce pied- redressé;car il sen alloit dans cet air de M. de la Rochefoucauld, qui faisoit pleurer; ettout ce changement par trois quarts dheure de bain dans cette eau salutairesest fait en trois jours ; le Mont-Dore ni Baréges nen savent pas tant. On est doncquitte en trois jours de ce remède. Assurez bien M. le chevalier de la joie sin-cère que jai du soulagement quil a trouvé dans lusage de ces eaux admira-bles, en attendant que nous disions guérison. Vous louez beaucoup les soins deM. de Carcassonne en les comparant à ceux que vous auriez de moi ; jen puisjuger, il ny en a jamais eu de si tendres ni de si consolants. M. le chevaliertrouva donc madame de Ganges bien changée. Cela est fort plaisant ; elle avoitgrand tort en effet de ne pas ressembler à lidée quil sen étoit faite. Pourmoi, je lai vue assez tournée sur ce beau moule, mais cent mille lieues au-dessous; car, après le visage, tant de choses manquent, et de lair, et de lagrâce, et de ce qui fait valoir la beauté, que cette ressemblance devient à rien.Si javois su quelle eût été femme de mon Ganges que jai tant vu, il me sem-ble que je laurois regardée tout dune autre façon : mais cela est fait.

Parlons de votre madame de Montbrun. Bon Dieu ! avec quelle rapidité vousnous dépeignez cette femme! Votre frère en est ravi ; mais il ne vous le dirapas, il vous embrasse seulement ; il est avec son honnête homme dami, et cest