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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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tourner la tète si vous en mangiez sans mesure, parce que cest comme si1 on buvoit à petits traits du plus exquis vin de Saint-Laurent. Mon chercousin, quelle vie! vous la connoissez sous de moindres degrés de soleil;elle ne fait point du tout souvenir de celle de la Trappe. Voyez dans quellesorte de détail je me suis jetée; cest le hasard qui conduit nos plumes; jevous rends ceux que vous mavez mandés, et que jaime tant. Cette libertéest assez commode : on ne va pas chercher bien loin le sujet de ses lettres.

Je loue fort le courage de madame de Louvois davoir quitté Paris, contrelavis de tous ceux qui lui vouloient faire peur du mauvais air : eh ! est-il, cemauvais air? qui leur a dit quil nest point à Paris? Nous le trouvons quandil plaît à Dieu, et jamais plus tôt. Parlez-moi bien vos grandeurs de Ton-nerre et dAnci-le-Franc ; jai vu ce beau château, et une reine de Sicile surune porte, dont M. de Noyon vient directement l . Je vous trouve trop heu-reux; au sortir des dignités de M. le duc de Chaulnes, vous entrez danslabondance et les richesses de madame de Louvois ; suivez cette étoile sibienfaisante, tant quelle vous conduira. Je le mandois lautre jour à ma-dame de Coulanges ; elle ma parlé de Carette : ah! quel fou!

Comment pourrons-nous passer de tout ceci, mon cher cousin, au maréchaldHumières, le plus aimable, le plus aimé de tous les courtisans? Il a dit àM. le curé de Versailles : « Monsieur, vous voyez un homme qui sen va mourirdans quatre heures , et qui na jamais pensé ni à son salut ni à ses affaires. »11 disoit bien vrai, et cette vérité est digne de beaucoup de réflexions. Maisje quitte ce sérieux pour vous demander, sur un autre ton sérieux, si je nepuis pas assurer ici madame de Louvois de mes très-humbles services; elleest si honnête, quelle donne toujours envie de lui faire exercer cette qua-lité. Mandez-moi qui est de votre troupe, et me payez avec la monnoie dontvous vous servez présentement. Je suis aise que vous soyez plus près denous, sans que cela me donne plus despérance; mais cest to.ujours quelquechose. M. de Grignan est revenu à Marseille; cest signe que nous lauronsbientôt. La Hotte qui est vers Barcelone fait mine de prendre bientôt le partique la saison lui conseille. Tout ce qui est ici vous aime et vous embrasse,chacun au prorata de ce qui lui convient, et moi plus que tous. M. de Car-cassonne est charmé de vos lettres.

1 Trait dirigé contre la vanité de M. tic; Llermont-Tonnerre, évêque de Noyon.