LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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tout; on aime à vous entendre, on vous approuve, on vous admire, chacunselon le degré de chaleur qu’il a pour vous. Quand vous ne m’écrivez pas,je ne gronde point, je ne boude point, je dis : « Mon cousin est dans quelquepalais enchanté; mon cousin n’est point à lui; on aura sans doute enlevémon pauvre cousin; » et j’attends avec patience le retour de votre souvenir,sans jamais douter de votre amitié ; car le moyen qu,e vous ne m’aimiezpas? C’est la première chose que vous avez faite quand vous avez commencéd’ouvrir les yeux ; et c’est moi aussi qui ai commencé la mode de vous aimeret de vous trouver aimable : une amitié si bien conditionnée ne craint pointles injures du temps. 11 paroît que ce temps, qui fait tant de mal en passantsur la tête des autres, ne vous en fait aucun; vous ne connoissez plus rien àvotre baptistaire; vous êtes persuadé qu'on a fait une très-grosse erreur à ladate de l’année. Le chevalier de Grignan dit qu’on a mis sur le sien tout cequ’on a ôté du vôtre, et il a raison; c’est ainsi qu’il faut compter son âge.Pour moi, que rien n’avertit encore du nombre de mes années, je suis quel-quefois surprise de ma santé; je suis guérie de mille petites incommoditésque j’avois autrefois ; non-seulement j’avance doucement comme une tortue,mais je suis prête à croire que je vais comme une écrevisse 1 : cependant jefais des efforts pour n’être point la dupe de ces trompeuses apparences, etdans quelques années je vous conseillerai d’en faire autant.
Vous êtes à Chaulnes, mon cher cousin; c’est un lieu très-enchanté, dontM. et madame de Chaulnes vont prendre possession ; vous allez retrouver lesenfants de ces petits rossignols que vous avez si joliment chantés; ils doiventredoubler leurs chants en apprenant de vous le bonheur qu’ils auront de voirlus souvent les maîtres de ce beau séjour. J’ai suivi tous les sentiments deces gouverneurs; je n’en ai trouvé aucun qui n’ait été en sa place, et qui nesoit venu de la raison et de la générosité la plus parfaite. Ils ont senti les vivesdouleurs de toute une province qu’ils ont gouvernée et comblée de biensdepuis vingt six ans; ils ont obéi cependant d’une manière très-noble. Ilsont eu besoin de leur courage pour vaincre la force de l’habitude qui lesavoitcomme unis à cette Bretagne ; présentement ils ont d’autres pensées : ils en-trent dans le goût de jouir tranquillement de leurs grandeurs. Je ne trouverien que d’admirable dans toute conduite ; je l’ai suivie et sentie avec l’intérêtet l’attention d’une personne qui les aime et qui les honore du fond du creur,J’ai mandé à notre duchesse comme M. de Grignan est à Marseille, et dans cetteprovince sans aucune sorte de dégoûts ; au contraire, il paroît par les ordresdu maréchal de Tourville qu’on l’a ménagé en tout; ce maréchal lui deman-
Moins d’un au après, elle_u'existait plus.