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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

GSD

dera des troupes quand il en aura besoin ; et M. de Grignan, comme lieute-nant général des armées, commandera les troupes de la marine sous cemaréchal : voilà de quoi il est question ; on veut agir, quoi quil en coûte.Je plains bien mon fils de navoir plus la douceur de faire sa cour à nos an-ciens gouverneurs ; il sent cette perte comme il le doit. Je suis en peine demadame de Coulanges, je men vais lui écrire. Recevez les amitiés de toutce qui est ici, et venez, que je vous baise des deux côtés.

A M. DE SÉVIGNÉ

A Grignan, le mardi20 septembre 1695.

Vous voilà donc à nos pauvres Rochers, mes chers enfants ! et vous y trou-vez une douceur et une tranquillité exempte de tous devoirs et de toute fatigue,qui fait respirer notre chère petite marquise. Mon Dieu ! que vous me peignezbien son état et son extrême délicatesse! jen suis sensiblement touchée, etjentre si tendrement dans toutes vos pensées, que jen ai le cœur serré et leslarmes aux yeux. Il faut espérer que vous naurez dans toutes vos peines quele mérite de les souffrir avec résignation et soumission; mais, si Dieu enjugeoit autrement, cest alors que toutes les choses impromises arriveroienldune autre façon. Mais je veux croire que cette chère personne, bien con-servée, durera autant que les autres ; nous en avons mille exemples. Mademoi-selle de la Trousse (mademoiselle de Méri) na-t-elle pas eu toutes sortes demaux? En attendant, mon cher enfant, jentre avec une tendresse infinie danstous vos sentiments, mais du fond de mon cœur. Vous me faites justice quandvous me dites que vous craignez de mattendrir en me contant létat devotre âme; nen doutez pas, et que je ny sois infiniment sensible. Jespèreque cette réponse vous trouvera dans un état plus tranquille et plus heu-reux. Vous me paroissez loin de penser à Paris pour notre marquise ; vousne voyez que Bourbon pour le printemps. Conduisez-moi toujours dans tousvos desseins, et ne me laissez rien ignorer de tout ce qui vous touche.

Rendez-moi compte dune lettre du 23 daoût et du 50. Il y avoit aussi unbillet pour Galois, que je priois M. Rranjon de payer. Répondez-moi sur cetarticle. Il est marié, le bon Rranjon; il mécrit sur ce sujet une fort jolie lettre.Mandez-moi si ce mariage est aussi bon quil me le dit. Cest une parente detout le parlement et de M. dHarouïs. Expliquez-moi cela, mon enfant. Je vousadressois aussi une lettre pour notre abbé Charrier. Il sera bien fâché de nevous plus trouver; et M. de Toulon ! Vous dites fort bien sur ce bœuf; cest à