Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

687

lui à le dompter, et à vous à demeurer ferme, comme vous êtes. Renvoyezla lettre de labbé à Quimperlé.

Pour la santé de votre pauvre sœur, elle nest point du tout bonne. Cenest plus de sa perte de sang, elle est passée; mais elle ne sen remet point,elle est toujours changée à nètre point reconnoissable, parce que son esto-mac ne se rétablit point et quelle ne profite daucune nourriture ; et celavient du mauvais état de son foie, dont vous savez quil y a longtemps quellese plaint. Ce mal est si capital, que pour moi jen suis dans une véritablepeine. On pourroit faire quelque remède à ce foie : mais ils sont contrairesà la perte de sang, quon craint toujours qui ne revienne, et qui a causé lemauvais effet de cette partie affligée.

Ainsi ces deux maux, dont les remèdes sont contraires, font un état quifait beaucoup de pitié. On espère que le temps rétablira ce désordre : je lesouhaite, et, si ce bonheur arrive, nous irons promptement à Paris. Voilà lepoint nous en sommes, et quil faut démêler, et dont je vous instruiraitrès-fidèlement.

Cette langueur fait aussi quon ne parle point encore du retour des guer-riers. Cependant je ne doute pas que laffaire 1 ne se fasse : elle est trop en-gagée, mais ce sera sans joie, et même si nous allions à Paris, on partiroitdeux jours après, pour éviter lair dune noce et les visites, dont on ne veutrecevoir aucune : chat échaudé, etc.

Pour les chagrins de M. de Saint-Amand, dont il a fait grand bruit àParis, ils étoient fondés sur ce que, ma fille ayant véritablement prouvé, pardes mémoires quelle nous a fa'it voir à tous, quelle avoit payé à son filsneuf mille francs sur dix quelle lui a promis, et ne lui en ayant par consé-quent envoyé que mille, M. de Saint-Amand a dit quon le trompoit, quonvouloit tout prendre sur lui, et quil ne donneroit plus rien du tout, ayantdonné les quinze mille francs du bien de sa fille (quil a payés à Paris enfonds, et dont il a les terres quon lui a données et délaissées ici), et queeétoit à M. le marquis à chercher son secours de ce côté-.

Vous jugez bien que, quand ce côté- a payé, cela peut jeter quelquespetits chagrins; mais - cela sest passé. M. de Saint-Amand a songé en lui-même quil ne lui seroit pas bon dêtre brouillé avec ma fille : ainsi il estvenu ici plus doux quun mouton, ne demandant quà plaire et à ramener safille à Paris, ce quil a fait, quoiquen bonne justice elle dût nous attendre.

Mais lavantage dêtre logée, avec son mari, dans cette belle maison deM. de Saint-Amand, dy être bien meublée, bien nourrie pour rien, a fait

4 Le mariage de Pauline de Grignan avec le marquis de Simiane était chose convenue : onnattendait, pour le célébrer, que le retour du marquis, qui était à larmée.