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LETTRES DIVERSES
MADAMK DE COULANGES A MADAME DE SIMIANK
A Paris, le ‘2 mai 1690.
Je vous suis sensiblement obligée, madame, de songer encore à moi ; jeconnoissois toutes vos perfections, mais la tendresse de votre cœur, et l’amitiéque vous aviez su avoir pour une personne aussi digne d’être aimée que celleque vous regrettez, c’est ce qui me paroît fort au-dessus de, tout ce qu’on enpeut dire. Ah ! madame, que vous avez raison de me croire infiniment tou-chée! Je ne pense à autre chose, je ne parle d’autre chose ; j’ignore tous lesdétails de celte funeste maladie, je les cherche avec un empressement quifait voir que je ne songe point à me ménager.
Je passai hier toute la journée avec le prieur de Sainte-Catherine; vousjugez bien sur quoi roula notre conversation. Je lui fis voir la lettre quevous m’avez fait l’honneur de m’écrire ; elle lui fit un vrai plaisir; car ces sortesde gens-là sont si persuadés que celte vie-ci ne doit servir qu’à s’assurerl’autre, que les dispositions dans lesquelles on quitte le monde sont les seulesdignes d’attention pour eux; mais on songe à ce qu’on perd, et on le pleure.
Pour moi, il ne me reste plus d’amie; mon tour viendra bientôt, cela estraisonnable; ce qui ne l’est guère, c’est d’entretenir une personne de votreâge de si tristes et si noires pensées : votre raison fait oublier votre jeunesse,madame, et cela, joint à l’inclination naturelle que j’ai pour vous, m’auto-rise, ce me semble, à vous parler comme je fais.
M. LE COMTE DE GRIGNAN A M. DE POMPONNE
A Paris, le 7 mai 1690.
Vous comprenez si bien, monsieur, tout ce que l’on peut sentir dans la perteque nous venons de faire, et vous y entrez si sincèrement, et pour vous et pourmoi, que je me trouve obligé de joindre aux très-humbles remercîments queje dois à vos bontés un compliment particulier sur votre douleur. En vérité,monsieur, toutes les personnes qui étoient attachées à madame de Sévignépar les liens du sang et de l’amitié sont bien à plaindre, et surtout celles quiont pu connoître dans les dernières journées de sa vie toute l’étendue de son