700
LETTRES DIVERSES
qu’elle fait fort bien de songer à quitter Grignan pour aller respirer un airmoins sec et plus humain : il eût été à souhaiter pour nous qu’elle se lût dé-terminée pour ces côlés-ei. Mais je comprends très-bien ses raisons; et,quoique je désire passionnément son retour, je l'appréhende néanmoins. Jecrois que cela s’entend, sans l’expliquer davantage.
M. LG COMTE DE GUIGNAIS A il. DE COULANGES
A Gi’fuiiau. le mai iü'Jü.
Vous comprenez mieux que personne, monsieur, la grandeur de la perleque nous venons de faire, et ma juste douleur. Le mérite distingué de madamede Sévigné vous étoit parfaitement connu. Ce n’est pas seulement une belle-mère que je regrette ; c’est une amie aimable et solide, une société délicieuse.Mais, ce qui est encore bien plus digne de notre admiration que de nos regrets,c’est une femme forte dont il est question, qui a envisagé la mort, dont ellen’a point douté dès les premiers jours de sa maladie, avec une fermeté etune soumission étonnantes. Cette personne si tendre et si foible pour toutce quelle aimoit n'a trouvé que du courage et de la religion quand elle acru ne devoir songer qu’à elle, et nous avons dû remarquer de quelle uti-lité et de quelle importance il est de se remplir l’esprit de bonnes choseset de saintes lectures, pour lesquelles madame de Sévigné avoit un goût,[tour ne pas dire une avidité surprenante, par l’usage qu elle a su faire deces bonnes provisions dans les derniers moments de sa vie.
Je vous conte tous ces détails, monsieur, parce qu’ils conviennent à vossentiments et à l’amitié que vous aviez pourcelle que nous pleurons; et je vousavoue quej’en ai l’esprit si rempli, que ce m'est un soulagement de trouverun homme aussi propre que vous à les écouter et à les aimer. J’espère, mon-sieur, que le souvenir d’une amie qui vous estimoit intiniment contribuera àme conserver dans l’amitié dont vous m’honorez depuis longtemps ; je l’estimeet la souhaite trop pour ne pas la mériter un peu. J’ai l’honneur, etc.
MADAME DE GUIGNA N A M. DE POMPONNE
A la Garde, ce 15 juillet 16!)ü.
Vous connoissez, monsieur, dans toute son étendue le malheur qui m’estarrivé; vous savez quel tendre attachement, quel intime union, quels liens ont