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VIE DE DA FONTAINE»
Il tint exactement parole (*). Il revint de cette ma-ladie, &la première fois qm’il put assister h l’Académie, ily rénouvella la protestation qu’il avoit faite devant lesDéputés, & fit lecture dans l’Assemblée d'une Paraphraseen vers François de la Prose des morts Dies ira K II l'a-voit composée pour s’entretenir de la pensée de la mort,& pour se pénétrer des vérités les plus terribles de laReligion.
Le jour qu’il reçut le Saint Viatique, Monsieur le Ducde Bourgogne qui n’avoit encore atteint que fa onzièmeannée, fit une action digne du sang des Bourbons. Deson pur mouvement, & sans y être porté par aucun con-seil, il envoya un Gentilhomme k La Fontaine pour s’in-former de l’état de sa santé, & pour lui présenter de sapart une bourse de cinquante louis- d’or. Il lui fit dire enmême temps qu’il auroit souhaité d’en avoir davantage ;mais que c’étoit tout ce qu'il lui restoit du mois courant,& de ce que le Roi lui avoit fait donner pour ses menusplaisirs Ce Prince dans qui l’Europe voyoit de si bonne-heure germer les vertus & les sentimens dignes de lagrandeur de son rang, se mit dès ce temps k la tête desbienfaiteurs de La Fontaine; & par ses largesses écarta lanécessité qui, comme nous l’avons vû plus haut, ailoit. bientôt livrer La Fontaine k 1 ambitieuse rivalité d’uneNation, qui nous dispute la gloire de soutenir le mérite,& de récompenser les talens.
Après fa maladie, La Fontaine fut invité par Madamed’Hervard ( t) quil’aimoit beaucoup, k venir loger chez
elle
(*) C’est par une erreur peu réfléchie & mal hazardée, que Lok-•man, dans son livre des Amours de Pficlié & de Cupidon, en Anglois,in 8vo. 1744. imprimé à Londres, suppose dans une vie qu’il a vouludonner de La Fontaine, qn’après cette maladie, il composa encore quel-ques pièces trop libres & dans le goût de ses Contes. Il en cite pourpreuve l’édition d’un livre intitulé Ouvrages de Prose £? de Poesie , dessieurs de Maucroy £? de La Fontaine , qui parut en 1685 î époque bienanterieure à la conversion de La Fontaine, & qu’il pouvoir aisémentconsulter.
('s) Femme de M. d’Hervard Conseiller au Parlement, qui conserva lamémoire de La Fontaine avec tant d.e vénération, qu’il se f'aisoit un plaisir
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