Buch 
Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
Entstehung
Seite
24
JPEG-Download
 

24

LÉTOURDI,

Comme depuis sa mort sa face est amaigrie !

Las! ne mapprochez pas de plus près, je vous prie !

Jai trop de répugnance à coudoyer un mort.

PANDOLFE.

D peut donc provenir ce bizarre transport ?

ANSELME.

Dites-moi de bien loin quel sujet vous amène.

Si pour me dire adieu vous prenez tant de peine,

Cest trop de courtoisie, et véritablementJe me serais passé de votre compliment.

Si votre âme est en peine, et cherche des prières,

Las! je vous en promets , et ne meffrayez guères !

Foi dhomme épouvanté, je vais faire à linstantPrier tant Dieu pour vous que vous serez content.Disparaissez donc, je vous prie,

Et que le ciel, par sa bonté,

Comble de joie et de santéVotre défunte seigneurie!

PANDOLFE riant.

Malgré tout mon dépit, il my faut prendre part.

ANSELME.

Las ! pour un trépassé vous êtes bien gaillard.

PANDOLFE.

Est-ce jeu, dites-nous, ou bien si cest folie,

Qui traite de défunt une personne en vie?

ANSELME.

Hélas ! vous êtes mort, et je viens de vous voir.

PANDOLFE.

Quoi 1 jaurais trépassé sans men apercevoir ?

ANSELME.

Sitôt que Mascarille en a dit la nouvelle,

Jen ai senti dans lâme une douleur mortelle.

PANDOLFE.

Mais, enfin, dormez-vous? êtes-vous éveillé?

Me connaissez-vous pas ?

ANSELME.

Vous êtes babillé

Dun corps aérien qui contrefait le vôtre,

Mais qui dans un moment peut devenir tout autre.

Je crains fort de vous voir comme un géant grandir,

Et tout votre visage affreusement laidir.

Dieu quil dormit en paix! que rien ne troublât le repos de son âme,car il ne doute pas un seul instant que son ami ne soit mort, comme leprouve le vers suivant.