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Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
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ACTE I, SCÈNE 1.

Et ne rompt point sa chaîne avec si peu d’éclatQu’elle puisse rester en un paisible état.

De ce qu’on a chéri la fatale présenceNe nous laisse jamais dedans l’indifférence ;

Et, si de cette vue on n’accroît son dédain,

Notre amour est bien près de nous rentrer au sein :

Enfin, crois-moi, si bien qu’on éteigne une flamme,

Un peu de jalousie occupe encore une âme,

Et l’on ne saurait voir, sans en être piqué,

Posséder par un autre un cœur qu’on a manqué.

GROS-RENÉ.

Pour moi, je ne sais point tant de philosophie :

Ce que voyent mes yeux, franchement je m’y fie;

Et ne suis point de moi si mortel ennemi,

Que je m’aille affliger sans sujet ni demi (1).

Pourquoi subtiliser, et faire le capableA chercher des raisons pour être misérable?

Sur des soupçons en l’air je m’irais alarmer !

Laissons venir la fête avant que la chômer.

Le chagrin me paraît une incommode chose ;

Je n’en prends point pour moi sans bonne et juste cause ;

Et mêmes à mes yeux cent sujets d’en avoirS’offrent le plus souvent que je ne veux pas voir.

Avec vous en amour je cours même fortune,

Celle que vous aurez me doit être commune ;

La maîtresse ne peut abuser votre foi,

A moins que la suivante en fasse autant pour moi :

Mais j’en fuis la pensée avec un soin extrême.

Je veux croire les gens quand on me dit : Je t’aime ;

Et ne vais point chercher, pour m’estimer heureux,

Si Mascarille ou non s’arrache les cheveux.

Que tantôt Marinette endure qu’à son aiseJodelet par plaisir la caresse et la baise ,

Et que ce beau rival en rie ainsi qu’un fou ,

A son exemple aussi j’en rirai tout mon soûl ;

Et l’on verra qui rit avec meilleure grâce.

ÉRASTE.

Voilà de tes discours.

GROS-RENÉ.

Mais je la vois qui passe.

(t) C’est-à-dire, sans sujet ni demi-sujet ; ancienne locution qui n’estplus en usage. ( B.