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LE DÉPIT AMOUREUX,
Prenons garde qu’aucun ne nous vienne surprendre,
Ou que de quelque endroit on ne nous puisse entendre.
FROSINE.
Nous serions au logis beaucoup moins sûrement :
Ici de tous côtés on découvre aisément ;
Et nous pouvons parler avec toute assurance.
ASCAGNE.
Hélas ! que j’ai de peine à rompre mon silence !
FROSINE
Ouais! ceci doit donc être un important secret?
ASCAGNE.
Trop, puisque je le dis à vous-même à regret,
Et que, si je pouvais le cacher davantage,
Vous ne le sauriez point.
FROSINE.
Ah ! c’est me faire outrage !
Feindre à s’ouvrir à moi, dont vous avez connuDans tous vos intérêts l’esprit si retenu !
Moi, nourrie avec vous, et qui tiens sous silenceDes choses qui vous sont de si grande importance ;
Qui sais...
ASCACNE.
Oui, vous savez la secrète raisonQui cache aux yeux de tous mon sexe et ma maison ;
Vous savez que dans celle où passa mon bas âgeJe suis pour y pouvoir retenir l’héritageQue relâchait ailleurs le jeune Ascagne mort,
Dont mon déguisement fait revivre le sort;
Et c’est aussi pourquoi ma bouche se dispenseA vous ouvrir mon cœur avec plus d’assurance.
Mais avant que passer, Frosine, à ce discours,
Éclaircissez un doute où je. tombe toujours.
Se pourrait-il qu’Albert ne sût rien du mystèreQui masque ainsi mon sexe, et l’a rendu mon père?
FROSINE.
En bonne foi, ce point sur quoi vous me pressezEst une affaire aussi qui m’embarrasse assez :
Le fond de cette intrigue est pour moi lettre close (i) ;
Et ma mère ne put m’éclaircir mieux la chose.
Quand il mourut, cetils , l’objet de tant d’amour.
Au destin de qui, même avant qu’il vint au jour,
Le testament d’un oncle abondant en richesses
(i) Lettres closes, choses qu’on ne sait pas : les sciences sont lettrescloses aux ignorants. »