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Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
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m 98 LE DÉPIT AMOUREUX,

L’objet de votre amour, lui, dont à la maisonVotre imposture enlève un puissant héritage,

Et qui, de votre sexe ayant le moindre ombrage,Verrait incontinent ce bien lui retourner !

C’est encore un plus grand sujet de s’étonner.

ASCAGNE.

J’ai de quoi toutefois surprendre plus votre âme :Je suis sa femme.

FROSINE.

O dieux! sa femme!

ASCAGNE.

Oui, sa femme

FROSINE.

Alt ! certes, celui-là l’emporte, et vient à boutDe toute ma raison.

Encore ?

ASCAGNE

Ce n’est pas encor tout.

FROSINE.

ASCAGNE.

Je la suis, dis-je , sans qu’il le pense,

Ni qu’il ait de mon sort la moindre connaissance.

FROSINE.

Ho ! poussez ; je le quitte, et ne raisonne plus,

Tant mes sens coup sur coup se trouvent confondus.A ces énigmes-là je ne puis rien comprendre.

ASCAGNE.

Je vais vous l’expliquer, si vous voulez m’entendre.Valère, dans les fers de ma sœur arrêté,

Me semblait un amant digne d’être écouté;

Et je ne pouvais voir qu’on rebutât sa flamme,

Sans qu’un peu d’intérêt touchât pour lui mon âme.Je voulais que Lucile aimât son entretien ;

Je blâmais ses rigueurs ; et les blâmai si bien, .

Que moi-même j’entrai, sans pouvoir m’en défendre,Dans tous les sentiments qu’ejle ne pouvait prendre.C’était, en lui parlant, moi qu’il persuadait ;

Je me laissais gagner aux soupirs qu’il perdait;

Et ses vœux, rejetés de l’objet qui l’enflamme,Étaient, comme vainqueurs, reçus dedans mon âme.Ainsi mon cœur, Frosine, un peu trop faible, hélas !Se rendit à des soins qu’on ne lui rendait pas ,

Par un coup réfléchi reçut une blessure ,

Et paya pour un autre avec beaucoup d’usure.