Buch 
Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
Entstehung
Seite
123
JPEG-Download
 

123

ACTE III, SCÈNE IX.

O le plaisant amant, dont la galante ardeurVeut blesser mon honneur au défaut de mon cœurEt que mon père, ému de l’éclat d’un sot conte,

Paye avec mon hymen qui me couvre de honte!Quand tout contribuerait à votre passion,

Mon père, les destins, mon inclination,

On me verrait combattre, en ma juste colère,

Mon inclination, les destins et mon père,

Perdre même le jour, avant que de m’unirA qui par ce moyen aurait cru m’obtenir.

Allez ; et Si mon sexe avecque bienséanceSe pouvait emporter à quelque violence,

Je vous apprendrais bien à me traiter ainsi.

VALÈRE à Mascarille.

C’en est fait, son courroux ne peut être adouci.

MASCARILLE.

Laissez-moi lui parler. Eh! madame, de grâce,

A quoi bon maintenant toute cette grimace?

Quelle est votre pensée, et quel bourru transportContre vos propres vœux vous fait roidir si fort ?

Si monsieur votre père était homme farouche,

Passe ; mais il permet que la raison le touche ;

Et lui-même m’a dit qu’une confessionVous va tout obtenir de son affection.

Vous sentez, je crois bien, quelque petite honteA faire un libre aveu de l’amour qui vous dompte ;Mais, s’il vous a fait prendre un peu de liberté,

Par un bon mariage on voit tout rajusté ;

Et, quoi que l’on reproche au feu qui vous consomme,Le mal n’est pas si grand que de tuer un homme.

On sait que la chair est fragile quelquefois,

Et qu’une fille, enfin, n’est ni caillou, ni bois.

Vous n’avez pas été, sans doute, la première,

Et vous ne serez pas, que je crois, la dernière.

LL'CILE.

Quoi ! vous pouvez ouïr ces discours effrontés,

Et vous ne dites mot à ces indignités?

ALBERT.

Que veux-tu que je die ? Une telle aventureMe met tout hors de moi.

MASCARILLE.

Madame, je vous jureQue déjà vous devriez avoir tout confessé.