ACTE IV, SCÈNE I.
Mette ailleurs tout le bien dont le sien a grossi,
Jugez s’il aura lieu de souffrir ma présence :
Son intérêt détruit me laisse à ma naissance ;
C’est fait de'sa tendresse ; et, quelque sentimentOù pour ma fourbe alors pût être mon amant,Voudra-t-il avouer pour épouse une filleQu’il verra sans appui de bien et de famille ?
FROSINE.
Je trouve que c’est là raisonner comme il faut ;
Mais ces réflexions devaient venir plus tôt.
Qui vous a jusqu’ici caché cette lumière?
Il ne fallait pas être une grande sorcière
Pour voir, dès le moment de vos desseins pour lui,
Tout ce que votre esprit ne voit que d’aujourd’hui ;L’action le disait ; et, dès que je l’ai sue,
Je n’en ai prévu guère une meilleure issue.
ASCAGNE.
Que dois-je faire enfin ? Mon trouble est sans pareil :Mettez-vous en ma place, et me donnez conseil.
FROSINE.
Ce doit être à vous-même, en prenant votre placeA me donner conseil dessus cette disgrâce ;
Car je suis maintenant vous, et vous êtes moi :Conseiflez-moi, Frosine ; au point où je me voi,
Quel remède trouver? Dites, je vous en prie.
ASCAGNE.
Hélas ! ne traitez point ceci de raillerie ;
C’est prendre peu de part à mes cuisants ennuisQue de rire, et de voir les termes où j’en suis.
FROSINE.
Non, vraiment, tout de bon, votre ennui m’est sensible.Et pour vous en tirer je ferais mon possible.
Mais que puis-je, après tout ? Je vois fort peu de jourA tourner cette affaire au gré de votre amour.
ASCAGNE.
Si rien ne peut m’aider, il faut donc que je meure.
FROSINE.
Ah ! pour cela toujours il est assez bonne heure :
La mort est un remède à trouver quand on veut ;
Et l’on s’en doit servir le plus tard que l’on peut.
ASCAGNE.
Non, non, Frosine, non ; si vos conseils propicesNe conduisent mon sort parmi ces précipices,
Je m’abandonne toute aux traits du désespoir.