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Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
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LE DÉPIT AMOUREUX,

FROSINE.

Savez-vous ma pensée ? Il faut que j’aille voirLa... Mais Éraste vient, qui pourrait nous distraire.Nous pourrons, en marchant, parler de cette affaire.Allons, retirons-nous.

SCÈNE II.

ÉRASTE, GROS-RENÉ.

ÉRASTE.

Encore rebuté?

GROS-RENÉ.

Jamais ambassadeur ne fut moins écouté.

A peine ai-je voulu lui porter la nouvelleDu moment d’entretien que vous souhaitiez d’elle,Qu’elle m’a répondu, tenant son quant-à-moi,

Va, va, je fais état de lui comme de toi;

Dis-lui qu’il se promène; et, sur ce beau langage,Pour suivre son chemin, m’a tourné le visage ;

Et Marinette aussi, d’un dédaigneux museau,Lâchant un, Laisse-nous, beau valet de carreau !

M’a planté là comme elle ; et mon sort et le vôtreN’ont rien à se pouvoir reprocher l’un à l’autre.

ÉRASTE.

L’ingrate! recevoir avec tant de fiertéLe prompt retour d’un cœur justement emporté !Quoi ! le premier transport d’un amour qu’on abuseBous tant de vraisemblance est indigne d’excuse ?

Et, ma plus vive ardeur, en ce moment fatal,

Devait être insensible au bonheur d’un rival ?

Tout autre n’eût pas fait même chose en ma place,

Et se fût moins laissé surprendre à tant d’audace ?

De mes justes soupçons suis-je sorti trop tard?

Je n*ai point attendu de serments de sa part;

Et, lorsque tout le monde encor ne sait qu’en croire,Ce cœur impatient lui rend toute sa gloire,

Il cherche à s’excuser ; et le sien voit si peuDans ce profond respect la grandeur de mon feu !Loin d’assurer une âme, et lui fournir des armesContre ce qu’un rival lui veut donner d’alarmes,L’ingrate m’abandonne à mon-jaloux transport,

Et rejette de moi message, écrit, abord !

Ah ! sans doute un amour a peu de violence,