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l’égalité, qu’il ne s’en précautionnât d’une bonne dose dans le poisonqu’il portait habituellement sur lui.
En 1793 , le ministre Holland écrivit aux conservateurs de la Biblio-thèque pour leur enjoindre do livrer les manuscrits : ils répondirentqu’ils étaient prêts à obéir, mais ils prirent la liberté de faire observerhumblement qu’il fallait aussi détruire l’Art de vérifier Us dates, et leDictionnaire de Morèri, comme empoisonnés d’un grand nombred’articles pareils à ceux dont on voulait, avec tant de raison, pur-ger la terre. Plus tard , le comité de salut public décréta que lesarmes de France seraient enlevées de dessus les livres de la Biblio-thèque ; on passa un marché avec un vandale pour cette entreprise,qui devait couler un million cinq cent trente mille francs. L’écu deFrance était taillé à l’aide d’un emporte-pièce, et remplacé par unmorceau de maroquin. Quand les armes se trouvaient appliquéessur une feuille du volume, on coupait cette feuille. Ne pourrait-onpas aujourd’hui reprendre cette belle opération?
Le Cabinet des médailles fut dénoncé : les médailles d’or et d’ar-gent devaient être portées à la Monnaie, pour y être fondues. L’abbéBarthélemy s’adressa à Aumont, ami de Danton, qui fit casser ledécret. Danton ne faisait fondre que les hommes. Un comédien am-bulant, ensuite garde-magasin, sollicita la place de conservateurdes manuscrits ; interrogé s’il pourrait les lire, il répondit : « Sans« doute ; j’en ai fait. » De précieux manuscrits furent vendus à lalivre aux épiciers; d’autres, envoyés à Metz, servirent à faire desgargousses. On chargea nos canons avec notre vieille gloire : tousles coups portèrent, et elle lit éclater notre gloire nouvelle.
La république aristocratique du directoire procéda d’une autremanière que la république démocratique de la convention : elleordonna de corriger dans Racine, Bossuet et Massilion, tout ce quisentait la religion et la royauté. Des hommes de mérite se consacrè-rent à ces élucubrations philosophiques : le travail sur Racine futachevé, je ne sais par qui.
Il se peut que nous n’ayons pas aujourd’hui la stupide fureur d’unsage de la convention, ni la naïve animosité d’un citoyen du direc-toire ; mais aimons-nous mieux ce qui fut ? Irions-nous même jus-qu’à prendre la peine de corriger ce pauvre Racine, qui aurait pufaire quelque chose si Boileau ne lui eût gâté le goût, et s’il fût néde notre temps ? Il avait des dispositions.
Et pourtant, puisque nous ne sommes plus touchés que dos seuls