PBEFACE
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faits, nous devrions reconnaître que le passé est un fait, un fait querien ne peut détruire ; tandis que l’avenir, à nous si cher, n’existepas. Il est pour un peuple des millions de millions d’avenirs possibles ;de tous ces avenirs un seul sera, et peut-être le moins prévu. Si lepassé n’est rien, qu’est-ce que l’avenir, sinon une ombre au bordduLéthé, qui n’apparaitra peut-être jamais dans ce monde? Nousvivons entre un néant et une chimère.
De l’édition commencée des Catalogues des Chartres et de l’im-pression de ces Chartres, épîtres et documents, il n’est échappé,comme on vient de le lire dans la notice de M. Champollion, quequelques exemplaires ; le reste a été mis au pilon. Les volumes im-primés , publiés par Bréquigny et de la forte du Theil, Diplomata ,Chartce, Epistolœ et alla Documenta ad res francicas spectantia,sont précédés de prolégomènes où l’histoire de l'entreprise estracontée, et où l’on trouve ce qu’il est nécessaire de savoir sur lesdocuments contenus dans ces volumes.
Les preuves matérielles de la fausseté d’un acte sont assez facilesà distinguer, quand on a un peu étudié la calligraphie ; les bénédic-tins ont donné sur cela de bonnes règles ; mais il y a des évidencesinternes, d’après lesquelles les jeunes annalistes se doivent aussidécider. Par exemple, il ne nous reste que six diplômes royaux deKhlovigh; et, sur ces six diplômes, un seul est intégralement au-thentique. Comparez le style et la manière dont ces pièces sontsouscrites : vous lisez au bas de l’acte de la fondation du monastèrede Saint-Pierre le Vif, à Sens : Ego Chlodoveus , in Del nomine , rexFrancorum, manu propria signavi et suscripsi; comme si Khlovighparlait latin, écrivait en latin , signait en latin, en défigurant sonnom par l’orthographe latine! Après cette prétendue signature, vien-nent les signatures aussi incroyables de Khlolilde, des quatre filsdu roi, de sa fille, de l’archevêque de Reims, etc.
Le diplôme authentique est tine lettre dictée, adressée à Euspiceet à Maximin : Khlovigh leur donne le lieu appelé Micy, et tout cequi est du domaine royal entre la Loire et le Loiret. Cette lettre com-mence ainsi : Chlodoveus, Francorum rex, vix inluster, et finitpar ces mots : i ta fiat ut ego Chlodoveus notai. Au-dessous on litseulement : Euscbins episcojms confirmavi. Voilà le maître ; unévêque truchement traduit ses ordres. Voilà le Frank dans toute lasimplicité salique : fiat; ego rotai.
Le Glossaire de Sainte-Palaye et Bréquigny, continué par Mouchet,