PREFACE. 23
Ces inventaires de du Tillet sont le modèle des catalogues moder-nes des Chartres.
Après du Tillet, Pierre Pithou et Marquard Freher formèrent le pland’une collection des historiens de France, plan que commença à exé-cuter André Duchesne, justement surnommé le père de notre histoire ;son fils François continua son ouvrage, qui devait avoir quatorzevolumes, et dont cinq sont imprimés. Colbert confia à une assem-blée de savants le soin de poursuivre cette entreprise. Ces savantsn’étaient rien moins que Lecointe, du Cange, Wion d’Hérouval,Adrien de Valois, Jean Gallois et Baluze. Du Cange proposa une autredistribution que celle de Duchesne, avec l’insertion des pièces nou-vellement découvertes.
L’archevêque de Reims, Charles-Maurice le Tellier, reprit leprojet sous le patronage de Louvois, son frère, et voulut chargerdom Mabillon de la direction des travaux. Le chancelier d’Aguesseau,en 1717 , forma deux sociétés de gens de lettres, pour s’occuper durecueil de Duchesne. On a un Plan de du Cange, des Remarques del’abbé Gallois, un Mémoire de l’abbé des Thuileries, des Observa-tions de l’abbé Grand : lesquels Plan, Remarques, Mémoires etObservations, ont puissamment contribué à la confection des Rerumgallicarum et francicarum, Scriptores de dom Bouquet. Lancelot,Lebœuf, Secousse, Gilbert, Foncemagne, Sainte-Palaye, conféraientde ces recherches chezM. d’Argenson, chez le chancelier de Lamoi-gnon , ou chezM. de Malesherbes, son fils ; suite de noms, à compterdepuis André Duchesne, que nous pouvons opposer aux noms lesplus illustres de l’Europe.
Désirons qu’un temps vienne, et que ce temps soit prochain, oùces grands desseins, étouffés par la barbarie révolutionnaire, serontrepris; où l’on achèvera de cataloguer ces manuscrits de la Biblio-thèque (je ne sais plus si je dois dire royale ou nationale), quigisent misérablement inconnus. On y pourrait rencontrer non-seu-lement des documents de l’antiquité franke, mais des ouvrages del’antiquité grecque et latine. Des auteurs que nous n’avons plus,ou que nous avons mutilés, se voyaient encore aux dixième, onzièmeet douzième siècles : un Tacite, un Tite-Live, un Ménandre, unSophocle, ont peut-être échappé aux Condorcets du moyen âge.Désirons qu’on améliore le sort des hommes honorables qui veillentaux dépôts de la science, qui succombent sous le poids d’un tra-vail qu’accroissent chaque jour, en se multipliant, et les livres