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PREFACE.
et les lecteurs. Désirons qu’on augmente le nombre des élèves del’École des Chartres. Quand les Dacier et les Van-Praët, quand les au-tres vénérables savants qui nous restent auront passé de ces tom-beaux des temps appelés bibliothèques, à leur propre tombeau, quidéchiffrera nos annales? La patrie des Mabillon subira-t-elle la honted’aller chercher en Allemagne des interprètes de nos diplômes ? Fau-dra-t-il qu’un Champollion germanique vienne lire sur nos monu-ments la langue de nos pères, morte pour nous? Désirons enfin qu’onne s’obstine pas à agrandir le bâtiment de la Bibliothèque sur le ter-rain où elle existe aujourd’hui, et qu’on adopte le beau plan d’unhabile architecte pour réunir io temple de la science au palais duLouvre : ce sont là les derniers vœux d’un Français.
Écrivains de l’histoire générale et de l'histoire critique de France,avant la révolution.
Les jugements sont trop durs aujourd’hui à l’égard des écrivainsqui ont travaillé à nos annales avant la révolution. Supposons quenotre histoire générale fût à composer ; qu’il la fallût tirer des ma-nuscrits ou même des documents imprimés ; qu’il en fallût débrouil-ler la chronologie, discuter les faits, établir les règnes : je soutiensque , malgré notre science innée et tout notre savoir acquis, nousn’en mettrions pas trois volumes debout. Combien d’entre nouspourraient déchiffrer une ligne des Chartres originales ? combien lespourraient lire, même à l’aide des alphabets, des specimen et des fac-similé insérés dans la lie diplomatica de Mabillon et ailleurs ? Noussommes trop impatients d’étaler nos pensées ; nous dédaignons tropnos devanciers pour nous abaisser au modeste rôle de bouquineursde cartulaires. Si nous lisions, nous aurions moins de temps pourécrire ; et quel larcin fait à la postérité ! Quel que soit notre justeorgueil, oserai-je supplier notre supériorité de ne pas briser trop viteles béquilles sur lesquelles elle se traîne, les ailes ployées? Quand ,avec des dates bien correctes, des faits bien exacts, imprimés en beaufrançais dans un caractère bien lisible, nous composons à notre aisedes histoires nouvelles , sachons quelque gré à ces esprits obscurs,aux travaux desquels il nous suffit de coudre les lambeaux de notregénie, pour ébahir l’admirant univers.
Du Haiilan, Belleforest, de Serres et Dupleix, ont travaillé sur l’his-toire générale de France. Du Haiilan sait beaucoup, et des choses cu-rieuses ; il a de la fougue ; son indépendance nobiliaire est amusante.