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Études ou discours historique sur la chute de l'empire romain : la naissance et les progrès du Christianisme, et l'invasion des barbares / par M. le Vicomte de Chateaubriand
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PREFACE,

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« mieux être guillotiné que guillotineur; ma vie nen vaut pas la« peine, et lhumanité mennuie. » On lui conseillait de partir :« Partir ! est-ce quon emporte sa patrie à la semelle de son soulier ? »Enfermé dans le cachot quavait occupé Hébert, il disait : « Cest à« pareille époque que jai fait instituer le tribunal révolutionnaire ;« jen demande pardon à Dieu et aux hommes ; mais ce nétait pas« pour quil fût le fléau de lhumanité. » Interrogé par le président Du-mas, il répondit : « Je suis Danton ; jai trente-cinq aus ; ma demeure« sera bientôt le néant. » Condamné, il sécria : « Jentraiue Robes-« pierre, Robespierre me suit. » Ici la terreur a passé dans le récitde lhistorien.

Lauteur, parlant de la mort do Robespierre, dit : « Il faut, homme« de faction, quon périsse par les échafauds, comme les conqué-« rants par la guerre. » Cest léloquence appliquée à la raison.

M. Mignet a tracé une esquisse vigoureuse ; M. Thiers a peint letableau. Je metirai particulièrement sous les yeux de mes lecteursla mort de Mirabeau et celle de Louis XVI, dautant plus que lau-teur, nayant pas à représenter des personnages plébéiens, objets deses prédilections, admire pourtant : la vérité de sa conscience et deson talent lemporte eu lui sur la séduction de son système. Je sensmoi-mème que, si javais à parier comme historien de Mirabeau et deLouis XVI, je serais plus sévère que M. Thiers : je demanderais sitous les vices du premier étaient ceux dun grand politique, sitoutes les vertus du second étaient celles dun grand roi. « Mira-« beau, dit lauteur (et lon ne saurait mieux dire), Mirabeau, dans« cette^occasiou, frappa surtout par son audace; jamais peut-être« il navait plus impérieusement subjugué lassemblée. Mais sa fin

« approchait, et cétaient ses derniers triomphes.

« La philosophie et la gaieté se partagèrent ses derniers instants.« Pâle, et les yeux profondément creusés, il paraissait tout différent« à la tribune, et souvent il était saisi de défaillances subites. Les« excès de plaisir et de travail, les émotions de la tribune, avaient usé

« en peu de temps cette existence si forte.

« Une dernière fois il prit la parole à cinq reprises différentes ; il sor-ti tit épuisé, et ne reparut plus. Le lit de mort le reçut, et lie le rendit« quau Panthéon. Il avait exigé de Cabanis quon uappelàt pas de« médecins ; néanmoins on lui désobéit ; ils trouvèrent la mort qui« sapprochait, et qui déjà sétait emparée des pieds : la tête fut la« dernière atteinte, comme si la nature avait voulu laisser briller son