IV
AVERTISSEMENT.
Bourgogne; le chancelier Pontchartrain, Chamillart,qui fut un temps ministre tout-puissant de Louis XIV.Avec son rang, sa fortune et de tels appuis, Saint-Simon serait infailliblement arrivé à tout, si son âmeavait pu se plier à certaines conditions humiliantesdu succès.
Il n’y avait alors que deux moyens de parvenir :par Mme de Maintenon ou par les jésuites. Saint-Si-mon avait une piété solide ; il avait été élevé par lesjésuites, mais il ne goûtait ni leurs doctrines, ni leurspersonnes, et avait grand’peine à s’en cacher. Sansêtre précisément janséniste, il avait des liaisons avecPort-Royal, et la tendre et respectueuse amitié quil’unissait à l’abbé de Rancé, contribuait à le dégoûterde la dévotion intrigante et persécutante. Les avancesdu P. Tellier, qui flairait sa capacité et voulait leconquérir, furent en pure perte; et Saint-Simon restaferme à repousser toute liaison avec ces docteurséquivoques, qui ont des accommodements avec leciel, et n’en ont jamais avec leurs ennemis. Il de-meura toute sa vie aussi étranger à l’hypocrisie et aufanatisme qu’à l’impieté.
Il ne fut pas moins éloigné de chercher à plaire parMme de Maintenon. Malgré le mariage, dont il nedoutait pas, la position de Mme de Maintenon lui pa-raissait contraire à toutes les règles de la politique etmême de la morale. Il lui reprochait d’imposer à lacour et à l’État un gouvernement de coterie, et de