VIII
AVERTISSEMENT.
pour commander aux maréchaux, sans l'être. Voilàquels sujefs de tribulations les princes étrangers etle parlement donnaient au futur historien du règnede Louis XIV. Il n’y a pas d’exagération k dire quela préséance, le chemin de la croix, le traversementdu parquet, et, par-dessus tout, le bonnet , ont oc-cupé la moitié de sa vie, et remplissent plus duquart de ses Mémoires; et c’est presque un lieu com-mun d’admirer comment un esprit si élevé, si clair-voyant, si essentiel, a pu s’engouer à ce point depareilles minuties. On veut bien reconnaître que l’é-crivain sauve l’aridité et la vanité du fond par desdétails charmants, et un style fait pour rendre mêmel’affaire du bonnet intéressante ; mais on ne persistepas moins, avec une sorte d’unanimité, à blâmer cesingulier travers d’un grand écrivain, et k se plaindredes habitudes de cour qui asservissent un tel esprit kdes bagatelles.
Sans amnistier absolument le duc de Saint-Simon,et sans prendre, comme lui, le bonnet au tragique,nous pensons qu’il ne mérite pas tous ces dédains,et que ces grands esprits qui le condamnent, pour-raient bien n’être au fond que des observateurs su-perficiels. On a répété , non sans raison , que laroyauté est une sorte de religion à laquelle il fautun culte ; il est vrai que ce culte ne sera jamais prisau sérieux par ceux qui n’admettent pas la légitimitédu dogme, et qu’en dépit de tous les raisonnements,