XVI
AVERTISSEMENT.
n’avait cessé de le fréquenter, de le servir de sesconseils, de le consoler et de le soutenir dans sesdisgrâces. 11 lui avait rendu à diverses reprises deces services qu’on ne peut attendre que d’un amivéritable; ainsi, quand Madame d’Orléans entrepritde marier sa fille au duc de Berry, frère du duc deBourgogne, ce fut le duc de Saint-Simon qui con-duisit toute l’affaire et qui la fit réussir ; quand lamort des jeunes princes jeta dans le public des soup-çons d’empoisonnement, et que toute la cour affectad’accuser le duc d’Orléans , Saint-Simon eut seul lecourage de rester ostensiblement fidèle à son amitié,et cette action, dans un courtisan , peut passer pourde l’héroïsme. Ce fut encore Saint-Simon qui déter-mina le prince à rompre le scandale de sa liaison pu-blique avec Mme d’Argenton, et à se rerrietlre entermes convenables avec la duchesse sa femme. Cepassé le désignait pour exercer une part considérabled’autorité sous la régence. Non-seulement il fut l’undes membres les plus écoutés et les plus autorisés duconseil, mais il eut son heure chaque jour pour tra-vailler avec le régent. Son influence ne commença àdécroître que quand l’abbé Dubois, depuis arche-vêque de Cambrai, et enfin cardinal, s’empara del’esprit de son maître, et, de degré en degré, par-vint à la toute-puissance. Dans cette cour corrompue,Saint-Simon demeura grave, austère, inflexible, etcontraignit les roués eux-mêmes à l’estimer et à le