AVERTISSEMENT.
XXlll
grandes choses. Il a été, dans son siècle, et il restepour l’histoire, la personnification la plus complètede la royauté.
Le style des Mémoires est le plus souvent diffus etincorrect; mais s’il se présente une grande scène ouun grand caractère à dessiner, Saint-Simon recueilleses forces, lutte contre la réalité, et la rend avec uneprécision, un relief, une énergie, une fermeté destyle , une richesse et une puissance de couleurs, quine permettent pas à l’âme la plus endormie de resterindifférente. Il a, comme Tacite, de ces traits quisaisissent l’esprit et qu’on n’oublie plus. Personne,après l’avoir lu, ne verra Louis XIV et le régent au-trement que par ses yeux. Personne n’oubliera cettegrande scène de la mort du Dauphin où le cœur del’homme et du courtisan est si impitoyablement fouillé,ni cette chambre de Louis XIV mourant, où les cour-tisans se mesurent des yeux, en cherchant la placeoù ils frapperont le lendemain , ni cette séance duparlement où des juges, accoutumés à trembler de-vant Louis XIV et à l’adorer, brisent sa dernière vo-lonté, détruisent toute la politique de son règne, etconsomment l’anéantissement des grandeurs de saplus chère famille.
Après ces grands coups de pinceau, Saint-Simonrevient sans effort à des sujets plus humbles, et l’es-prit et les grâces coulent de source dans toutes sespages, comme s’il n’était fait que pour se jouer à des