XXX
AVERTISSEMENT.
« Il arriva qu’un soir qu’il était chez le roi etMme de Maintenon chez elle, la conversation tombasur les théâtres de Paris. Après avoir épuisé l’opéra,on tomba sur la comédie. Le roi s’informa des pièceset des acteurs, et demanda à Racine pourquoi, à cequ’il entendait dire, la comédie était si fort tombéede ce qu’il l’avait vue autrefois. Racine lui en donnaplusieurs raisons, et conclut par celle qui, à sonavis, y avait le plus de part, qui était que, faute d’au-teurs et de bonnes pièces nouvelles, les comédiens endonnaient d’anciennes, et entre autres ces pièces deScarron, qui ne valaient rien et qui rebutaient toutle monde. À ce mot, la pauvre veuve rougit, non pasde la réputation du cul-de-jatte attaquée, mais d’en-tendre prononcer son nom, et devant le successeur.Le roi s’embarrassa, le silence qui se fit tout à coupréveilla le malheureux Racine, qui sentit le puits danslequel sa funeste distraction le venait de précipiter. Rdemeura le plus confondu des trois, sans plus oser le-ver les yeux ni ouvrirlabouche. Ce silence nelaissa pasde durer plus que quelques moments, tant la surprisefut dure et profonde. La fin fut que le roi renvoyaRacine, disant qu’il allait travailler. R sortit éperduet gagna comme il put la chambre de Cavoye. C’étaitson ami, il lui conta sa sottise. Elle fut telle, qu’il n'yavait point à la pouvoir raccommoder. Oncques de-puis, le roi ni Mme de Maintenon ne parlèrent à Ra-cine, ni même le regardèrent. R en conçut un si