AVERTISSEMENT.
XXXlll
De tous les premiers présidents que Saint-Simon aconnus, le plus célèbre, sans comparaison, et celuidont il parle le plus et qu’il connut le premier, est lepremier président Achille de Harlay, petit-neveu decelui qui fut si admirable pendant la Ligue. On peutdire qu’il en a fait une peinture achevée, mais oùla passion se fait trop sentir : « Il était savant en droitpublic, dit-il ; il possédait fort le fond des diverses ju-risprudences; il égalait les plus versés aux belles-let-tres; il connaissait bien l’histoire, et savait surtout gou-verner sa compagnie avec une autorité qui ne souffraitpoint de réplique, et que nul autre premier présidentn’atteignit jamais avant lui. Une austérité pharisaïquele rendait redoutable par la licence qu’il donnait à sesrépréhensions publiques, et aux parties et aux avocats,et aux magistrats, en sorte qu’il n’y avait personnequi ne tremblât d’avoir affaire à lui. D’ailleurs, sou-tenu en tout par la cour dont il était l’esclave et letrès-humble serviteur de ce qui y était en vraie faveur ;fin courtisan, singulièrement rusé politique, tous cestalents il les tournait uniquement à son ambition de■ dominer et de parvenir, et de se faire une réputationde grand homme. D’ailleurs, sans honneur effectif,sans mœurs dans le secret, sans probité qu’exté-rieure, sans humanité même, en un mot un hypocriteparfait, sans foi, sans loi, sans Dieu e| sans âme,cruel mari, père barbare, frère tyran, ami unique-ment de soi-même, méchant par nature, se plaisant34 ' g