32
LOUIS XIV
dans tous, de toute différence personnelle et d’ori-gine, pour ne plus exister que dans cet état deservice militaire devenu populaire, tout entier sousla main du roi, beaucoup plus sous celle de sonministre, et même de ses commis, lequel ministreavait des occasions continuelles de préférer et demortifier qui il voulait, dans le courant, et qui nemanquait pas d’en préparer avec adresse les moyensd’avancer ses protégés, malgré l’ordre du tableau,et d’en reculer de même ceux que bon lui sem-blait.
Si d’ennui, de dépit, ou par quelque dégoût onquittait le service, la disgrâce était pertaine ; c’é-tait merveille si après des années redoublées derebuts on parvenait à revenir sur l’eau. A l’égardde ce qui n'était point de la cour, et même ducommun , outre que le roi y tenait l’œil lui-même,le ministre de la guerre en faisait son étude parti-culière, et de ceux-là, qui quittait, était assuré luiet sa famille d’essuyer dans sa province ou dans saville toutes les mortifications, et souvent les persé-cutions dont on pouvait s’aviser, dont on rendaitles intendants des provinces responsables, et quitrès-ordinairement influaient sur les terres et surles biens.
Grands et petits , connus et obscurs furent doncforcés d’entrer et de persévérer dans le service, d’yêtre un vil peuple en toute égalité, et dans la plus