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LOUIS XIV
diesse naturelle, qui se tourna depuis en audace laplus effrénée ; beaucoup de connaissance du monde,de la cour, des personnages successifs, et sous uneapparente incurie un soin et une adresse conti-nuels à en profiter en tout genre ; surtout admi-rable courtisan, et qui sut tirer avantage jusque deses plus grands vices, à l’abri du faible du roipour sa naissance; poli par art, mais avec un choixet une mesure avare ; insolent à l’excès dès qu’ilcrut le pouvoir oser impunément, et en mêmetemps familier et populaire avec le commun, parune affectation que voilait sa vanité et le faisait ai-mer du vulgaire ; au fond , l’orgueil même , et unorgueil qui voulait tout, qui dévorait tout. A me-sure que son rang s’éleva et que sa faveur aug-menta, sa hauteur, son peu de ménagement, sonopiniâtreté jusqu’à l’entêtement, tout cela crut àproportion, jusqu’à se rendre inutile toute espèced’avis, et se rendre inaccessible qu’à un nombretrès-petit de familiers et à ses valets. La louange,puis l’admiration, enfin l’adoration furent le canalunique par lequel on put approcher ce demi-dieu,qui soutenait des thèses ineptes sans que personneosât, non pas contredire, mais ne pas approuver.
Sa paresse était à un point qui ne se peut con-cevoir. Il a pensé être enlevé plus d’une fois pours’être opiniâtré dans un logement plus commode ,mais trop éloigné, et a risqué les succès de ses