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LOUIS XIV
le bassin était plein à répandre , on le tirait et onle passait sous le nez de toute la compagnie pourl’aller vider, et souvent plus d’une fois. Les joursde barbe, le même bassin dans lequel il venait dese soulager servait à lui faire la barbe. C’était unesimplicité de mœurs, selon lui, digne des premiersRomains, et qui condamnait tout le faste et le su-perflu des autres. Tout cela fini, il s’habillait, puisjouait gros jeu au piquet ou à l’hombre, ou s’il fal-lait absolument monter à cheval pour quelquechose, c’en était le temps. L’ordre donné au retour,tout était fini chez lui. Il soupait avec-ses familierslargement; il était grand mangeur, d’une gour-mandise extraordinaire, ne se connaissait à aucunmets, aimait fort le poisson, et mieux le passé etsouvent le puant que le bon. La table se prolon-geait en thèses, en disputes, et par-dessus tout,louanges, éloges, hommages toute la journée et detoutes parts.
Il n’aurait pardonné le moindre blâme à per-sonne. Il voulait passer pour le premier capitainede son siècle, et parlait indécemment du princeEugène et de tous les autres. La moindre contra-diction eût été un crime. Le soldat etje bas officierl’adoraient pour sa familiarité avec eux, et la li-cence qu’il tolérait pour s’en gagner les cœurs,dont il se dédommageait par une hauteur sans me-sure avec tout ce qui était élevé en grade ou en