ET SA COUR.
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conte ce qu’il a fait. Le prélat courtisan n’en au-rait pas été capable, et en effet ce fut une actionqui se peut dire sublime, de quelque côté qu’ellepuisse être considérée, surtout dans un ministretout-puissant, qui tenait si fort à son autorité et àsa place, et, par cela même qu’il faisait, sentaittout le poids de celle de Mme de Maintenon, con-séquemment tout celui de sa haine; s’il était dé-couvert, comme il avait trop de connaissances pourse flatter que son action lui demeurât cachée. L’ar-chevêque , qui n’eut qu’à confirmer le roi dans saparole commune à Louvois et à lui, et qui venaitd’être réitérée à ce ministre, n’osa lui refuser unedémarche si honorable et sans danger. 11 parladonc le lendemain matin au roi, et il en tira aisé-ment le renouvellement de cette parole.
Celle du roi à Mme de Maintenon n’avait pointmis de délai ; elle s’attendait à tous moments d’êtredéclarée. Au bout de quelques jours, inquiète dece que le roi ne lui parlait de rien là-dessus, ellese hasarda de lui en toucher quelque chose. L’em-barras où elle mit le roi la troubla fort. Elle voulutfaire effort ; le roi coupa court sur les réflexionsqu’il avait faites, les assaisonna comme il put,mais il finit par la prier de ne plus penser à êtredéclarée et à ne lui en parler jamais. Après le pre-mier bouleversement que lui causa la perte d’unetelle espérance, et si près d’être mise à effet, son