ET SA COUR.
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et le grand seigneur ; ce qui y surnageait, ainsi quedans toute sa personne, c’était la finesse, l’esprit,les grâces, la décence, et surtout la noblesse. Ilfallait effort pour cesser de le regarder. Tous sesportraits sont parlants , sans toutefois avoir pu at-traper la justesse de l'harmonie qui frappait dansl’original, et la délicatesse de chaque caractère quece visage rassemblait. Ses manières y répondaientdans la même proportion, avec une aisance qui endonnait aux autres, et cet air et ce bon goût qu’onne tient que de l’usage de la meilleure compagnieet du grand monde, qui se trouvait répandu desoi-même dans toutes ses conversations ; avec celaune éloquence naturelle, douce, fleurie; une poli-tesse insinuante, mais noble et proportionnée ; uneélocution facile, nette , agréable ; un air de clartéet de netteté pour se faire entendre dans les ma-tières les plus embarrassées et les plus dures;avec cela un homme qui ne voulait jamais avoirplus d’esprit que ceux à qui il parlait, qui semettait à la portée de chacun sans le faire jamaissentir, qui les mettait à l’aise et qui semblait en-chanter ; de façon qu’on ne pouvait le quitter,ni s’en défendre, ni ne pas chercher à le re-trouver. C’est ce talent si rare, et qu’il avait audernier degré, qui lui tint tous ses amis si entière-ment attachés toute sa vie, malgré sa chute, et qui,dans leur dispersion, les réunissait pour se parler34
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